De l’art de la prévision en période troublée

Philippe Crevel

L’annonce d’une prévision de croissance ou plutôt de décroissance en pleine période de crise sanitaire relève tout autant du volontarisme politique que de l’incantation. En quelques semaines, les taux de croissance peuvent perdre ou gagner un, deux ou trois points. Pour un gouvernement tout comme pour l’ensemble des acteurs économiques, le redémarrage de l’activité est une priorité et une nécessité. Afficher une prévision de croissance en amélioration constitue presque une victoire. 

Selon le Ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, le repli du PIB devrait être de 10 points en 2020 quand les prévisions précédentes pariaient sur un recul de 11 points. En retenant les principaux instituts de conjoncture, la fourchette de croissance fixe la croissance en 2020 entre -9 et -11 %.

Pour 2021, le Ministère des Finances retient un rebond de 8 %. Pour atténuer les effets de la récession, 470 milliards d’euros ont été injectés depuis le début du printemps dernier par le gouvernement.

Le déficit public devrait s’élever à 10 % du PIB en 2021 avant de refluer à moins de 7 % en 2021 avec la forte diminution des dépenses liées notamment au chômage partiel. Par ailleurs, la progression du PIB limitera par ricochet le poids du déficit.

Le niveau de dépenses publiques devrait atteindre cette année un record à plus de 62 % du PIB, conséquence de l’affaissement de la production et de la prise en charge publique de la crise. En 2021,  les dépenses publiques devraient reculer à 58,5 % du PIB.

Les prélèvements obligatoires évoluent peu. La contraction de l’activité s’accompagne de moindres rentrées de cotisations sociales et d’impôts (TVA, impôt sur le revenu, etc.). En 2021, le poids des prélèvements devrait diminuer en raison des allègements décidés sur les impôts de production et de la hausse du PIB.

Avec l’augmentation du déficit, l’endettement devrait augmenter de près de 20 points en 2020. Une fois de plus, cette hausse est également due à la forte baisse du PIB. En 2021, dans un contexte de rebond de ce dernier, la dette publique baisserait légèrement à 116,2 % du PIB.

Bruno Le Maire a annoncé aux Échos que la dette publique générée par la crise sanitaire sera cantonnée. À cette fin, le gouvernement présentera en 2021 un projet de loi organique qui prévoira le remboursement de cette dette sur vingt ans.

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