La puissance des appels à la solidarité

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L’arrivée (on ne sait toujours guère comment) du Covid 19 début 2020 a ébranlé les portefeuilles de chacun. Désormais, tout le monde est touché. Il y a eu des annonces gouvernementales. Il y a eu en parallèle des chaînes de solidarité. L’occasion de recenser quelques exemples d’enveloppes communes qui ont servi à sauver des vies… Lors de situations très diverses.

Au commencement était le… Droit. Le terme « solidarité », issu du vocabulaire du droit, apparaît en 1693 et définit « ce qui unit les personnes tenues par une obligation solidaire ». Le terme relève de la contractualisation d’un devoir réciproque et comporte une dimension contraignante. En 1804, l’article 1202 du Code civil définit la solidarité comme « un engagement par lequel les personnes s’obligent les unes pour les autres et chacune pour tous ». De ces prémices aujourd’hui, nous sommes passés d’une description juridique à une façon de penser, ou plutôt d’agir, qui traverse les époques, variables selon les événements, personnels ou planétaires. Dans « La Solidarité. Histoire d’une idée » (Gallimard, 2007), Marie-Claude Blais remarque que la notion de solidarité traverse tout le XIXe siècle français. La difficulté de penser le lien social au sortir de la Révolution (avant 1789, les individus étaient liés par des appartenances corporatives ou héritées). Or, les hommes étant devenus libres et égaux en droit, la notion de solidarité s’est trouvée requise définir ce qui peut faire lien entre des individus émancipés. Elle s’est d’abord répandue dans les milieux progressistes de la Restauration, puis dans la philosophie de la République et dans la science sociale naissante, avant de connaître une consécration politique autour de 1900.

Nous voici en 2020.

Sur une planète pleine de bleus issus des coups donnés ici ou là.

Pour autant, de nombreuses alliances ont pu permettre à des personnes de sortir la tête de l’eau.

Le Covid-19

L’épidémie de Covid-19 et ses effets sur l’économie ont été catastrophiques. Pour limiter la crise économique et sociale engendrée par les nombreuses restrictions sanitaires, le gouvernement a déployé plusieurs dispositifs d’urgence ou d’aide à moyen terme. Alors, pour s’en sortir, on peut cliquer sur le lien-là : https://www.economie.gouv.fr/covid19-soutien-entreprises/reponses-gouvernement-difficultes-independants#. Et suivre des directives afin d’obtenir quelques aides d’état. Mais parce que ces démarches nécessitent de s’armer de patience, parce que l’urgence demande parfois une célérité dans l’action, nous avons pensé à Olivia Grégoire, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la relance, chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable, dans une tribune pour le journal La Croix : « la solidarité ne sera pas confinée ».

Et nous avons souri en lisant que dans le Val d’Oise Val-dOise, grâce au soutien de 106 participants, un Fonds de solidarité a permis de récolter 6470 € pour l’hôpital de Pontoise. Les ostréiculteurs de la Charente-Maritime ont eux aussi décidé d’apporter leur soutien à la recherche contre le Covid-19 en lançant une opération visant à récolter des fonds pour les hôpitaux. Mercredi 4 novembre 2020, ils ont fait un don de 17 142 € à la Fondation Hôpitaux de Paris. En dézoomant, des initiatives similaires ont eu lieu un peu partout dans le monde. À New York, la célèbre librairie Stand a été sauvée par sa clientèle après un appel à l’aide sur les réseaux sociaux. Résultat : Strand a reçu 25 000 nouvelles commandes de livres, ce qui lui a rapporté plus de 170 000 dollars.

Cagnottes

Autres problèmes, autres solutions. Parce qu’être représenté par un bon avocat, tenir un marathon judiciaire peut être éprouvant, aussi bien émotionnellement qu’au niveau du portefeuille, des cagnottes ont permis à enlever un poids en moins : l’acquittement envers son conseil. Quand l’enjeu est grand, quand il s’agit de la loi du plus fort, quand l’aide juridictionnelle (une prise en charge totale ou partielle par l’État des frais d’avocat) n’est guère possible parce que vous êtes pile dans la classe moyenne, alors un site participatif vous permet de respirer en quelques jours. Fin 2019, une cagnotte Leetchi avait été lancée — avec l’accord de la famille — pour aider les enfants de Florence Thibaudat à financer les frais d’avocat pour se constituer partie civile au procès du meurtrier présumé, qui était son conjoint. En décembre 2019, la cagnotte avait récolté 1384 euros et pour cause : le meurtre de cette mère et grand-mère de 55 ans, 138e féminicide en France depuis le début de l’année 2019, était un fait divers qui avait ému tout le département. S’agissant de la mort de Victorine Dartois, cette jeune femme de 18 ans retrouvée morte dans un ruisseau en Isère en octobre, un élan de solidarité autour de sa famille a permis de récolter quelque 15 000 euros afin de financer ses obsèques.

Ces derniers jours, bien décidé à contester les résultats de l’élection présidentielle américaine, le clan Trump multiplie les appels aux dons. Un « fonds de défense des élections » a été créé, visant à déployer une offensive judiciaire contre les prétendues « fraudes ».

Catastrophes mondiales

Le 4 août 2020, une double explosion sur le port de Beyrouth, au Liban, a dévasté la capitale, faisant au moins 202 morts et plus de 7 000 blessés. Depuis lors, des dons directs ou indirects n’ont cessé d’affluer afin d’aider à la reconstruction de celle que l’on surnomme « la ville qui ne meurt pas ». En octobre, la chanteuse d’origine libanaise Yasmina di Meo, qui réside en pays de Dinan a donné un concert dans l’église Saint-Malo. Le concert a rapporté 3 000 € et des dons ont afflué après, pour atteindre la somme de 4000 €. Le tout a été reversé à l’association Impact Lebanon. La talentueuse dessinatrice Raphaëlle Macaron a quant à elle décidé de lancer multitude de projets (dons de ses dessins, collaborations, etc.) afin de soutenir le pays dans lequel elle est née. « Choquée, le cœur brisé, je ne sais plus. S’il vous plaît, faites des dons ». Ses mots sur Instagram ont fait le tour du monde.

Plus récemment, toujours aussi malheureusement, le conflit dans le Haut-Karabakh, territoire du Caucase où l’Azerbaïdjan et l’Arménie se font la guerre depuis le 27 septembre, a énormément mobilisé. Le groupe de métal System Of À Down a même publié deux nouvelles chansons, « Protect The Land » et « Genocidal Humanoidz », en appelant aux dons. Montant collecté en cinq jours seulement : 151 501 dollars. En France, l’A.C.A.B.A (l’Association Culturelle Arménienne de Bordeaux) et l’UFA (l’Union Franco-Arménienne de la Nouvelle Aquitaine) souhaitaient organiser une veillée en hommage à la population arménienne dont les fonds auraient été reversés à la population mais le nouveau confinement les en a empêchés.

Face à tant de cas de figure qui appellent à coaliser, on ne peut s’empêcher de penser à la phrase de Friedrich Nietzsche : « ma joie de donner est morte à force de donner ». Toutefois, devant tant de gros portefeuilles fermés à double tour et qui ne s’ouvrent jamais lorsqu’il s’agit de tendre la main, il y a aussi une mobilisation financière des foules… Qui fait du bien.

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