La transition énergétique et le défi de la croissance

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Le 14 juillet dernier, la Commission européenne a présenté son pacte vert afin de lutter contre changement climatique et la dégradation de l’environnement. Ce pacte a pour objectifs de mettre un terme aux émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2050 et de favoriser une croissance économique dissociée de l’utilisation des ressources tout en veillant à ce que cette transition ait le moins de conséquences sociales. Dans le cadre du plan de relance NextGeneration et du budget septennal de l’Union, un tiers des 1 800 milliards d’euros d’investissements financeront ce pacte vert. D’ici 2030, les émissions de gaz à effet de serre devraient être réduites d’au moins 55 %. À cette fin, la consommation devra diminuer de 36 à 39 %.

Pour l’élimination des gaz à effet de serre, la Commission a fixé à 2035 la fin des véhicules à moteur thermique. Par ailleurs à compter de 2026, les transports routiers seront couverts par le système d’échange de quotas d’émission, ce qui aura pour effet d’attribuer un prix à la pollution. La Commission a proposé une tarification du carbone pour le secteur de l’aviation et aux transports maritimes. Les grands ports devront fournir aux navires une alimentation électrique à quai, de manière à réduire l’utilisation de carburants polluants. 35 millions de bâtiments devraient être rénovés d’ici 2030 pour améliorer leur bilan énergétique. Tous les États membres devront rénover tous les ans au moins 3 % de la surface au sol totale de tous les bâtiments publics. Des objectifs sont prévus pour l’utilisation des énergies renouvelables pour le chauffage et la climatisation. La Commission propose également la restauration des forêts, des sols, des zones humides et des tourbières d’Europe afin d’accroître l’absorption du CO2. La généralisation du marché carbone devrait contribuer au financement de la transition. La Commission européenne s’empare du dossier de la transition énergétique et en l’associant au plan de sortie de crise sanitaire. Compte tenu des conséquences au niveau commercial, l’Union peut légitimement se considérer compétente. En établissant de nouvelles recettes grâce à la taxe carbone, la Commission pourrait conforter l’échelon fédéral. L’attribution d’aides à vocation sociale irait dans le même sens. La transition énergétique dans le sillage de la crise sanitaire pourrait changer profondément les relations des États membres avec les structures européennes.

Au-delà de cet enjeu organisationnel, la lutte contre le réchauffement climatique pose également la question de ses effets sur l’activité. A priori, transition énergétique et croissance cohabitent mal. Les indices économiques ne prennent pas en compte la destruction potentielle de notre environnement provoquée par les émissions des gaz à effet de serre. Le prix des ressources est mal évalué, car il n’intègre que partiellement la problématique de leur rareté et les effets induits par leur utilisation. Nous pouvons estimer que nous avons surévalué la croissance depuis le début de la première révolution industrielle. Nous aurions dû provisionner le prix de la remise en état de la planète. Cette question se pose avec acuité pour les centrales nucléaires pour lesquelles le prix du démantèlement n’a pas été pris en compte au moment de leur livraison pour la fixation du prix de l’électricité. Que ce soit pour la sauvegarde de la planète ou les retraites, les humains ont les pires difficultés à constituer des réserves.

Sur un point de vue comptable, la transition énergétique qui est une décision fondée sur des préoccupations environnementales et non économiques a un coût. Elle obère la rentabilité et donc la croissance. Pour la première fois, les gouvernements imposent, de manière réglementaire, la substitution des énergies à forte densité par des énergies moins productives (du moins pour le moment). Dans le passé, la recherche d’une plus grande efficience a été le moteur des changements d’énergie. Ceux-ci ont été par ailleurs assez lents. Le charbon reste ainsi une énergie importante du fait de son faible coût même si son pouvoir énergétique est inférieur à celui du pétrole. Le développement des énergies renouvelables obéit à d’autres considérations. Il vise à réduire les émissions des gaz à effet de serre. L’abandon des énergies carbonées entraîne une destruction de capital. De nombreux secteurs devront remplacer des infrastructures coûteuses avant même qu’elles soient amorties. L’automobile, la production d’électricité, le raffinage, les transports sont en première ligne dans cette mutation. La valeur ajoutée de ces secteurs représente, en moyenne, au sein des pays de l’OCDE 6 % du PIB. Certains des secteurs concernés généraient d’importants gains de productivité. L’abaissement de leur rentabilité pèsera sur la croissance. En outre, de nombreux emplois qualifiés et à rémunération élevée sont également en jeu. Les secteurs directement exposés à la transition emploient plus de 4 % de la population active au sein de l’OCDE.

Au-delà de l’obsolescence accélérée de certains équipements, la transition énergétique oblige pour le moment à un surdimensionnement des centrales de production d’énergie. En raison du caractère aléatoire des énergies renouvelables qui dépendent de la météorologie, il est nécessaire soit de stocker, soit de disposer de centrales traditionnelles de production d’énergie. Ces dernières doivent, à tout moment, être capables de suppléer la défaillance temporaire du vent ou du soleil. Les consommateurs seront donc contraints de recourir à des énergies plus chères. Leur prix réel est actuellement masqué par l’octroi de subventions aboutissant que ce sont les contribuables qui paient en partie la note. La croissance potentielle sera donc plus faible, du moins dans une première période. Tout le pari est qu’après la réalisation de la substitution, des gains de productivité permettent un rebond de la croissance.

Risque d’une hausse des taux

Plusieurs conditions sont nécessaires pour éviter que la transition énergétique n’affaiblisse durablement la croissance potentielle. Elle ne doit pas provoquer un recul des autres investissements. Un effet d’éviction n’est pas impossible sachant que la lutte contre les émissions des gaz à effet de serre coûtera entre 2 à 3 % de PIB chaque année. Les investissements à réaliser pourraient atteindre entre 92 000 et 173 000 milliards de dollars pour l’ensemble de l’économie mondiale afin d’obtenir une émission nette de dioxyde de carbone (CO2) nulle en 2050, selon le « New Energy Outlook 2021 », le dernier rapport sur les nouvelles perspectives énergétiques, publié ce mercredi par BloombergNEF (BNEF)

Les États, les entreprises, les ménages devront consacrer, chaque année, plus de 200 milliards d’euros au sein de l’OCDE d’ici le milieu du siècle. Le risque est que ce supplément d’investissement fasse monter les taux d’intérêt réels s’il n’est pas accompagné d’un supplément d’épargne. Il incitera a contrario les banques centrales à maintenir aussi bas que possible les taux d’intérêt afin d’éviter de renchérir le coût des investissements. Pour le moment, au sein des pays avancés, et cela avant même la crise sanitaire, le taux d’épargne était orienté à la hausse, en raison notamment du vieillissement de la population. L’épargne pourrait néanmoins venir à manquer à financer l’ensemble des investissements. Pour éviter une hausse des taux, certains préconisent la poursuite de la monétisation des dettes publiques afin de financer la transition énergétique.

La transition énergétique peut accentuer les déséquilibres des paiements des paiements courants des pays de l’OCDE. Pour l’éviter, il faut qu’une petite hausse du taux d’intérêt réel provoque une forte hausse du taux d’épargne. Les équipements nécessaires pour la production d’énergie renouvelable (éoliennes, cellules solaires, batteries électriques, électrolyseurs, etc.) sont en grande partie fabriqués dans les pays émergents et en premier lieu en Chine. Des efforts de relocalisation sont actuellement menés en particulier pour les batteries mais, compte tenu de la forte demande, ces dernières ne sauraient suffire dans les prochaines années. La maîtrise des nouvelles technologies liées à la transition énergétique constitue l’élément déterminant afin que celle-ci puisse être un vecteur de croissance au sein de l’OCDE. Cette maîtrise suppose un effort de formation et d’innovations importantes.

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