Le referendum, une arme contre les populistes ?

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Même si les démagogues populistes s’en servent pour renforcer leurs propres pouvoirs et court-circuiter les contre-pouvoirs, le référendum peut aussi servir à se débarrasser d’eux…

Face à la marée populiste, renforcer les garde-fous ? Mieux filtrer l’expression de la volonté populaire ? C’est ce que suggèrent, en ce moment, la plupart des libéraux. Ils ont toujours été sourdement hostiles à la notion de souveraineté populaire. Ce qui leur importe, c’est de limiter la portée et l’intensité du pouvoir, quel que soit son détenteur attitré. Or, un pouvoir qui se réclame du peuple lui-même est porté à réclamer un pouvoir sans limites. 

C’est ce qui explique leur préférence pour la démocratie représentative ; le fait de déléguer le pouvoir de décider à des assemblées pluralistes, composées d’élus libres de leurs choix, permettrait de modérer les passions populaires ; d’aboutir à des solutions raisonnables. 

Quelques raisons de se méfier du référendum

Ces libéraux ont en horreur les leaders charismatiques qui prétendent parler directement au peuple et traduire sa volonté sans médiation. Ils se méfient de tout ce qui peut ressembler à la démocratie directe et c’est pourquoi ils sont très réticents, de manière générale, au référendum. Dans certains pays, comme la France et l’Allemagne, où cette procédure a été utilisée dans l’histoire, de manière plébiscitaire, par des dictateurs ou des autocrates, ces réserves sont compréhensibles. 

Mais pour en revenir à l’actualité, il faut convenir que le résultat d’un certain nombre de référendums a renforcé cette méfiance. On pense, bien sûr au pari stupide pris par David Cameron sur le Brexit. Cette promesse de référendum procédait d’un pur calcul politicien et le leader conservateur se faisait fort de passer haut la main l’obstacle…. Mais n’oublions pas que la même année, les Colombiens ont rejeté, par référendum, l’accord de paix conclu par le gouvernement avec les FARC. On impute généralement à des conditions météorologiques désastreuses, la courte victoire du non dans ce pays. A quoi tient donc la paix ? Au même moment, Viktor Orban faisait voter, par référendum, le refus de son pays d’accueillir le moindre immigré ayant trouvé refuge en Europe. 98 % d’approbation ! L’année suivante, Erdogan se faisait confier, toujours par référendum, la totalité des pouvoirs : chef de l’Etat, chef du gouvernement, chef des armées, chef du groupe parlementaire du parti au pouvoir, AKP…

Dans une étude récemment publiée par la Brookings, deux chercheurs ont montré comment des pouvoirs aspirant au renforcement de leurs prérogatives ont utilisé la procédure du référendum pour contourner les obstacles légaux mis à leurs prétentions. Et ils lui attribuent un rôle déterminant dans le déclin des institutions démocratiques dans un certain nombre de pays. 

Une arme entre les mains des démagogues

Selon Adam Quinn, qui enseigne la politique internationale à l’Université de Birmingham, il y a au moins deux bonnes raisons de se méfier du référendum. Primo, il est trop facile, pour les démagogues, de tromper l’électeur peu informé des conséquences de son vote, avec des fausses promesses. Deuxio, les campagnes référendaires, dans la mesure où la consultation porte généralement sur des sujets brûlants, ont des effets désastreux sur l’opinion publique. Ils produisent des divisions trop tranchées entre partisans du oui et partisans du non. 

C’est de ce type de polarisation extrême que procèdent ces politiciens très improbables, qui se sont fait élire en dénonçant la classe politique. Prompts à dénoncer la lenteur et l’indécision des Parlements, les Trump, Bolsonaro, ou Salvini ont horrifié ces mêmes libéraux. Ils voient poindre tout ce qu’ils détestent : le « pouvoir personnel », l’ascendant charismatique sur les foules, le césarisme. Il est temps, disent-ils, de défendre et de renforcer les parlements. 

Se servir du référendum pour se débarrasser des populistes…

Mais ce « réflexe libéral » consistant à réinstaller des gardes-barrières procède, selon le politologue Jan-Werner Müller, que je cite, d’une « lecture fausse de l’histoire récente ». Si Trump, malgré son incompétence évidente, est au pouvoir à Washington, c’est que le Parti républicain l’a bien voulu, en fin de compte. Si des agitateurs comme Nigel Farage sont parvenus à persuader une majorité d’électeurs britanniques qu’ils seraient mieux hors de l’Union européenne, une partie des élites les y a bien aidées. 

Certes, poursuit Müller, le référendum est une arme maintes fois utilisée par les leaders populistes contre la démocratie elle-même. Leur tort n’est pas tant de confier la décision à la majorité des électeurs, mais de définir par avance qui fait partie du « vrai peuple » et ce qu’est sa volonté. 

Mais ce n’est pas le seul usage possible du référendum. Et Müller d’en suggérer une autre. Puisqu’il se révèle très difficile d’unir les différents partis d’opposition, face aux pouvoirs forts à présent solidement installés dans un certain nombre de pays, le recours au référendum forgerait une unité de refus. Il pourrait constituer la solution pour les en déloger.


Crédits : France Culture

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