« Que peut faire l’intellectuel lorsque le fanatisme embrase les cœurs ? »

Hans Holbein – Portrait d’Erasme (1523) – London National Gallery

Stephan Zweig est l’auteur de plusieurs biographies passionnantes, dont une consacrée à Erasme et à la belle idée qu’il a incarnée : l’humanisme (« Erasme, Grandeur et décadence d’une idée », aux éditions Le livre de poche).

« Nous devons malheureusement reconnaître qu’un idéal ne visant que le bien-être général ne satisfait jamais complètement les masses ; chez les natures moyennes, la haine barbare exige aussi sa part à côté de l’amour, et l’égoïsme individuel réclame de chaque idée un avantage personnel immédiat.

Car c’est au contact de la haine que le flambeau impie de fanatisme s’allume le plus aisément.

Le concret, le « palpable » est toujours plus accessible à la masse que l’abstrait; c’est pourquoi en politique, tout mot d’ordre exprimant un antagonisme et dirigé contre une classe, une race, une religion, trouvera toujours plus d’écho que la proclamation d’un idéal, qui lui, est moins commode à saisir. Car c’est au contact de la haine que le flambeau impie de fanatisme s’allume le plus aisément.

Un idéal purement pacifiste, humanitaire et internationaliste tel que l’Erasmisme prive d’impressions visuelles la jeunesse qui aime regarder l’adversaire en face; il ne provoque jamais cette poussée élémentaire du patriote devant l’ennemi d’au delà de la frontière, ou de la religion à l’égard des membres d’une autre confession. »


Stephan Zweig

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