SEPR : progresser quel que soit son capital social de départ

Décrocher un diplôme, une formation technique solide, mais surtout un savoir-être qui rend chaque apprenant adaptable à une société en mutation. Telles sont les valeurs que la SEPR transmet à ses 3 800 apprenants chaque année.

En 1864, lorsque François-Bathélémy Arlès Dufour crée, à Lyon, la SEPR (pour société d’enseignement professionnelle du Rhône), il est guidé par la pensée saint-simonienne qui n’oppose en rien l’économie et le social, la prospérité économique et l’émancipation individuelle, mais, au contraire, imbrique l’une dans l’autre au profit de la société tout entière. « Ce débat traverse les époques. Aujourd’hui encore, alors que nous subissons la crise sanitaire, les discours et les comportements basculent. Donne-t-on la priorité à l’activité économique et aux entreprises ou plutôt au social ? Ce n’est pas OU, mais ET. Un peu le “en même temps” que l’on entend souvent depuis quelques mois », selon Véronique Furlan, directrice de la SEPR, le centre de formation « aux valeurs de laïcité, d’inclusion, d’intégrité et d’égalité ». Car depuis sa création, et encore aujourd’hui selon ses enseignants des 110 programmes de formation, du CAP à la licence professionnelle, dans six pôles métiers (métiers techniques et de l’informatique ; métiers du tertiaire et vente spécialisée ; métiers de la beauté, de la santé et du social ; métiers de la communication visuelle et de la chaîne graphique ; métiers d’art et de la création ; métiers de bouche et restauration) et ses partenaires branches professionnelles, la SEPR forme des jeunes et des adultes « dans leur parcours professionnel et personnel pour une adaptation à la société de demain ».

« Le rôle de notre organisation, dont ses valeurs fondatrices nous animent toujours, est de faire marcher l’ascenseur social, de préparer les compétences de demain au service de l’économie et des citoyens, sans oppositions et sans contradictions. Quel que soit son capital social de départ, un individu, jeune ou adulte, doit pouvoir progresser dans son activité et son parcours personnel », affirme Véronique Furlan.

Tricoter des itinéraires personnalisés

Tout en suivant les référentiels de l’Éducation nationale pour délivrer les diplômes du CFA et du lycée professionnel, la SEPR aide chaque personne qui pousse la porte de ses campus à Lyon, le site principal, ou à Annonay, dans l’Ardèche, à définir son projet professionnel «, quel que soit l’ensemble de sa situation, tant économique que familiale ou du point de vue de sa santé ; nous réunissons toutes les énergies pour lever les obstacles ; nous actionnons tous les dispositifs », affirme Véronique Furlan. Car tout individu doit pouvoir se déployer sereinement dans son activité professionnelle pour un impact bénéfique à toute la société. La SEPR accueille quelque 3 800 apprenants par an et avance « en 150 ans, plus de 1 million de jeunes et d’adultes formés en partenariat étroit avec plus de 100 000 entreprises ». Le centre de formation, en répondant aux besoins des entreprises de son territoire, obtient un taux d’insertion de ses diplômés de près de 80 %.

Pour cela, « la sélection » passe d’abord par l’écoute. Une partie des formations de la SEPR est sur la plateforme Parcoursup, mais « on ne surajoute pas de la sélection », dit Véronique Furlan. « Notre principe est d’accueillir, d’écouter, de conseiller, de proposer un parcours, des ajustements, ne pas conduire dans des voies impraticables. Nous tricotons des itinéraires personnalisés… »

Citoyens à l’esprit décloisonné

Pour accompagner la construction de ces citoyens, 60 % des apprenants à la SEPR ont moins de 18 ans, le volet « éducatif/social/citoyen » est très important. « Ces jeunes adolescents arrivent à un début de prise d’autonomie, d’engagement, dans leur entrée dans le monde économique et social. On ne leur apprend pas les codes, mais on leur dit qu’il y a des codes. A eux de savoir s’ils veulent ou non les adopter. On leur apprend à réfléchir, à questionner, à se questionner. »

La transversalité et le décloisonnement, comme de plus en plus en entreprise, vadrouillent d’une section de formation à une autre. « Depuis notamment que nous sommes installés sur le campus Professeur Rochaix à Lyon 3e, le site favorise ce fonctionnement. Les dispositifs se côtoient : formation continue/formation professionnelle, temps plein/alternance, auditeurs libres, salariés d’entreprises… De même que les espaces et les ateliers sont pour tous. Nous formons des citoyens économiques à l’esprit décloisonné. » Outre les rencontres informelles, « on se croise dans les couloirs », le centre de formation prend tous les prétextes pour créer les occasions de rencontres interfilières. « Lors de la semaine de la science, on mixe les équipes : des coiffeurs et des électriciens fabriquent ensemble un pont. Ce type d’actions incite à de nouveaux modes de collaboration, à l’ouverture sur le fonctionnement de l’autre, à l’observation de ses propres ressources et à celles disponibles autour de soi », dit Véronique Furlan.

Ces principes fondateurs de la SEPR trouvent de plus en plus écho dans le monde économique d’aujourd’hui. La directrice de la SEPR note une avancée encourageante et la conforte dans ce fonctionnement : « J’ai été ravie d’apprendre que la loi sur la réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle promulguée le 5 septembre 2018 s’appelait “Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel”. Trouver du travail, s’insérer restent les fondamentaux. Mais ce n’est pas suffisant. Les individus doivent exprimer leurs choix. »

Se former et s’engager

Véronique Furlan

Autour de la formation, cœur de métier de la SEPR, le centre a déployé plusieurs services pour poursuivre la mission de François-Bathélémy Arlès Dufour.

L’épicerie solidaire Co’op a été fondée en décembre 2019 en partenariat avec la Croix-Rouge, la banque alimentaire et le soutien de mécènes de la SEPR. Elle distribue des produits alimentaires, d’hygiène et d’entretien aux étudiants les plus précaires, après examen de leurs dossiers.

« Des apprenants bénévoles ont collecté, en décembre 2020, avec les habitants du quartier de Lyon 3e, près de 90 boîtes à chaussure remplis de produits de première nécessité pour des SDF. L’idée est aussi de montre que tout en suivant une formation, on peut s’engager. »

Le Fonds de dotation SEPR Avenir, créé en 2015, « souhaite donner à chacun les mêmes chances de réussite et permettre au plus grand nombre de trouver sa place dans la société de demain ». Il apporte des aides financières comme des aides d’urgence, des bourses sociales, un soutien à la création d’entreprises et aux projets innovants des apprenants, une coopération internationale et une aide à la mobilité. Il compte parmi ses mécènes le groupe de prévoyance Apicil, la Caisse d’Epargne Auvergne-Rhône-Alpes ou encore le Rotary Club de Lyon et la Fondation du BTP. « Ce fonds est notamment beaucoup intervenu en 2020 pour faire face à la crise de la Covid-19 et aider, temporairement, des apprenants à payer leurs loyers », dit Véronique Furlan.

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