Inégalités sociales : pas d’autres alternatives que le partage

Pierre Minodier

Régulièrement, des ONG essaient de quantifier les inégalités dans le monde ou tout du moins de donner un ordre de grandeur. Ces rapports de grandeur sont relayés largement par les journalistes et âprement commentés sur les réseaux sociaux. La dernière mise à jour en date vient de paraître : selon Oxfam, « en 2018, les milliardaires du monde entier, seulement 2 153 personnes, se partageaient plus de richesses que 4,6 milliards de personnes ».

Si le capitalisme a permis ces dernières décennies une hausse du revenu de nombreuses populations, à commencer par nos nations européennes, force est de constater que la machine est devenue folle. La financiarisation de l’économie qui a pris son essor depuis le début des années 80 a abouti à une concentration de la richesse par un petit nombre. Nous avons la chance en France de figurer parmi les pays où le modèle social tend à amortir le choc. Cependant, la tendance du creusement des inégalités est nette.

En 1938 déjà…

Il n’est pas nécessaire d’avoir sa carte à Lutte Ouvrière pour déplorer et dénoncer cette tendance qui s’accentue dangereusement. En 1938, le CJD ouvrait une troisième voie, une voie médiane entre le communisme et le libéralisme effréné. Mettre l’économie au service de l’Homme, c’est affirmer que la redistribution des richesses produites dans l’économie de marché doit bénéficier à toutes les femmes et tous les hommes qui participent à la création de cette richesse. A son origine, le CJD prônait déjà le partage des richesses et du pouvoir contre leur accaparement par une élite, quelle qu’elle soit.

Aujourd’hui, ce message mérite d’être une fois de plus repris. Si les inégalités persistent et s’aggravent encore, nous allons au-devant de crises sociales extrêmement violentes. Même les économistes du FMI, qui ne passent pas pour de dangereux révolutionnaires, alertent sur ce risque. Le système s’est emballé. Au point que les riches jouent contre leurs intérêts.

Passer à l’action

Rappeler les acteurs à la prudence est certes louable, mais totalement inefficace. Il changer les règles du système et rapidement passer à l’action. L’économiste Thomas Piketty a eu le mérite dans son dernier ouvrage de proposer des pistes de solution qui – si elles peuvent paraître radicales pour certains – ont le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal. Pour corriger et réduire ces inégalités, il nous apparaît important – et pour tout dire urgent – de se donner quelques priorités. J’en pointe déjà deux.

Tous co-responsables et interdépendants.

  • Déjà dans les années 1980 le CJD s’était prononcé pour le revenu d’existence de Yoland Bresson. Il ne s’agit pas de donner une allocation universelle aux gens pour exister, mais au contraire, parce qu’ils existent, qu’ils sont des êtres humains. En 2011, notre mouvement a réaffirmé son soutien à l’allocation universelle, qui – rappelons-le — ne remplace ni les allocations chômage ou logement, ni aux retraites, ni à la protection maladie. Depuis, cette idée a fait du chemin ; elle a été notamment débattue lors de la dernière campagne présidentielle. Le revenu d’existence constitue la base d’une nouvelle réflexion sur de nouveaux droits au XXIe siècle, nouveaux droits qui permettront aux citoyens de vivre décemment, quels que soient leurs parcours, notamment lorsqu’ils se risquent à entreprendre.
  • Le CJD rejoint Thomas Piketty quand ce dernier appelle à une remise en cause radicale du pouvoir dans l’entreprise. Pour le CJD, il importe d’intégrer l’ensemble des parties prenantes dans l’instance de gouvernance principale des entreprises (actionnaires, salariés, fournisseurs, clients, membres de la société civile). Attribuer par exemple 25 % des sièges de l’instance de gouvernance principale à des salariés de l’entreprise n’est pas une utopie, mais à n’en pas douter un facteur de performance globale dans notre pays maqué par la lutte des classes. Ce n’est pas non plus une hérésie. La preuve outre-Rhin avec la Mitbestimmung, « la cogestion à l’allemande ». La différence de compétitivité entre l’industrie française et allemande réside en grande partie dans cette différence de gouvernance. La gouvernance partagée oblige à la responsabilité de toutes les parties.

Contre le creusement des inégalités, il n’y a pas d’autres alternatives que le partage : partage des richesses bien sûr, mais qui ne pourra être rendu possible que par celui du pouvoir et des responsabilités. Tous co-responsables et interdépendants.

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