Ne faisons pas du stage de troisième un rendez-vous manqué !

Emeric Oudin et Julien Leclercq

Sans grande surprise, le sujet a été éclipsé par les annonces d’Emmanuel Macron, couvre-feu en tête.

Lors des traditionnelles questions au gouvernement au Sénat mercredi 14 octobre, questionné par la sénatrice Laure Darcos, le Premier Ministre a déclaré que les stages de troisièmes seraient facultatifs cette année. Une décision inévitable, les collégiens essuyant refus sur après refus à cause du COVID19. Devant les grandes difficultés pour ces élèves de trouver un stage, à cause aussi bien du protocole sanitaire dans les entreprises que du télétravail généralisé, il était d’urgent d’alléger la pression qui pesait sur leurs épaules.

Mais, aussi audible soit-elle eue égard au contexte économique et sanitaire, cette décision pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’orientation professionnelle des nouvelles générations.

Signal extrêmement négatif

Le stage de troisième, c’est le premier pas dans le monde du travail. Plus que jamais, dans une période bouleversée où le sens vient parfois à nous manquer, il est nécessaire. Nous nous apprêtons à faire une croix sur une expérience déterminante pour l’orientation de toute une génération qui perdrait l’occasion de découvrir un métier et de se confronter pour la première fois au monde du travail. Pire que ça, un mois et demi après leur avoir mis la pression afin qu’ils trouvent une entreprise d’accueil, nous leur enverrions un signal extrêmement négatif. Nous sommes sur le point de dire à 800 000 adolescents de 14 ans « nous n’avons pas de place pour toi dans nos entreprises ».

Le Centre des Jeunes Dirigeants, qui se bat depuis plus de quatre-vingts ans pour que les jeunes soient entrepreneurs de leur vie, en appelle à la responsabilité des organisations patronales et des chefs d’entreprise.

Ne laissons pas tomber nos jeunes. De nombreux secteurs peinent à recruter, revalorisons-les. Des idées faussées sur le monde du travail émergent, provoquons la rencontre. Des jeunes filles et garçons pensent que certains métiers leur sont inaccessibles, prouvons-leur le contraire. Le chemin vers le monde du travail semble semé d’embûches, aidons ces jeunes à trouver leur voie. Nous n’avons pas le droit de dire à nos enfants qu’on leur refuse le droit de vivre cette première expérience en entreprise. N’ajoutons pas à leurs angoisses liées à cette année si particulière l’expérience d’un premier échec dans le monde du travail.

Innovons !

De nombreuses entreprises sont dans l’impossibilité d’accueillir ces jeunes, d’autres le peuvent. Innovons, trouvons les solutions pour allier découverte, respects des normes sanitaires et expériences intéressantes. Proposons des nouvelles solutions. A nous aussi, réseaux d’entrepreneurs, de créer des nouveaux formats avec les associations qui se battent pour la jeunesse : organisons des interventions en milieu scolaire avec les enseignants, des visites d’entreprises pour remplacer les stages, des stages allégés d’un, deux ou trois jours…

Lisons ces premiers CV, lisons ces premières lettres de motivations, accueillons ces jeunes qui auront eux-mêmes pris de leur temps, sélectionné nos entreprises et offrons-leur cette première opportunité professionnelle.

Agissons en dirigeants responsables. Nous sommes en train de parler d’un stage d’observation de cinq jours, non rémunérés. Bien sûr, les conditions ne sont pas idéales, mais y a-t-il quelque chose d’idéal en 2020 ? Cette expérience est déterminante pour l’orientation de nos jeunes, et donc pour nos entreprises qui auront besoin d’eux demain. Portons-la, soutenons-la, mobilisons-nous.

Faisons une place à nos jeunes, disons-leur qu’ils sont attendus. Accueillons-les en stage au mois de décembre. Ils ont besoin de nous.

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