Pour un biomimétisme au service de la vie !

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Le succès actuel du biomimétisme ne peut que nous réjouir. C’est qu’il en aura fallu des trésors de pédagogie pour passer, en 10 ans, de quelques pionniers à l’engouement actuel ! Le biomimétisme convainc aujourd’hui le plus grand nombre, du grand public aux entreprises, sans oublier les institutions. Voilà qui est en soi une grande nouvelle.

Il est cependant clair que le biomimétisme est aujourd’hui encore en chemin, comme le sont d’ailleurs les acteurs qui l’ont porté jusqu’ici. De même qu’il reste un concept pluriel, susceptible de reposer sur des visions du monde pas forcément toujours compatibles entre elles. Les termes, d’ailleurs, foisonnent : biomimétisme, bio-inspiration, bionique, bio-assistance, éco-mimétisme, éco-inspiration… Il convient de les accepter pour ce qu’ils sont : des tentatives de cristalliser momentanément des concepts en ajustement dans un paysage en évolution.

Mais qu’importe le débat sémantique : parce que l’engouement actuel n’est qu’un jalon, et non l’aboutissement, de la démarche du biomimétisme, il nous semble utile de faire un point d’étape pour réfléchir à ce vers quoi nos efforts devraient converger.

Parce que rien n’a de sens en dehors de son contexte, rappelons les larges consensus scientifiques qui nous alertent sur les crises de la biodiversité et du climat, les deux se renforçant mutuellement jusqu’à menacer à brève échéance les conditions de vie de l’humanité. Face à cette urgence, les acteurs du biomimétisme devraient se concentrer sur ce seul but : mobiliser la connaissance du vivant pour faire émerger des solutions non seulement soutenables, mais aussi régénératrices et créant les conditions d’un futur désirable.

Cette nécessité repose sur une conviction : le biomimétisme porte en germe non seulement des solutions à nos problèmes actuels, mais aussi un nouvel imaginaire collectif reposant sur l’émerveillement devant le foisonnement et l’ingéniosité des formes de la vie. Prenons donc acte de notre profonde interdépendance vis-à-vis de la biodiversité pour rendre possible l’émergence d’une nouvelle éthique à même de guider nos relations avec le vivant non humain. Elle impliquera notamment le partage équitable des ressources et de l’espace, le respect, l’acceptation de toutes les formes de diversité et la non-réductibilité du vivant à toute forme d’utilitarisme.

Apparue il y a 3,8 milliards d’années, la vie s’est sans cesse perpétuée, diversifiée, adaptée à des conditions multiples et souvent extrêmes. Aujourd’hui, chaque espèce qui disparaît, c’est un peu de notre horizon qui se rétrécit. C’est une source d’inspiration en moins pour des solutions aux défis que nous devons affronter.

Car ne nous-y trompons pas : si chaque espèce contribue, par sa seule présence et ses activités, à modifier son environnement, elle le fait dans le cadre d’une longue histoire évolutive intégrant les contraintes thermodynamiques, dans le subtil équilibre régissant la dynamique globale du vivant. La question que nous devons donc nous poser est celle des impacts de nos activités, de nos projets et de nos innovations. Seront-elles destructrices ou contributrices pour la résilience et la capacité d’adaptation des écosystèmes terrestres, marins et littoraux ? Ce questionnement doit nous guider. Qu’on-y voit là une démarche éthique ou du simple bon sens, il est essentiel qu’à toute réflexion biomimétique soit intégrée l’exigence d’un juste retour à la biodiversité.

En synthèse, pour nous guider dans ces questionnements, nous proposons trois principes :

Le premier est de rappeler que le biomimétisme est par nature une approche pluridisciplinaire. Il suppose de confronter ses savoirs à ceux des autres et d’apprendre à coopérer dans un respect mutuel. Mettre en œuvre le biomimétisme, c’est déjà une démarche biomimétique !

Le second est de nous ancrer dans les réalités sociales pour questionner nos solutions. De quelle manière sont-elles susceptibles de bousculer des convictions, des croyances ou simplement des habitudes ? Nous ne devons plus seulement être pédagogue : il nous faut apprendre à écouter et tenir compte des autres savoirs, y compris profanes. A ce titre, le biomimétisme porte en lui les germes d’un nouveau dialogue entre science, technique et société, dont les carences passées ont eu tant de conséquences dommageables.

Le troisième principe, essentiel, est que le biomimétisme se doit d’être contributif. Il n’est plus aujourd’hui acceptable que les compétences des biomiméticiens soient mobilisées pour d’autres missions que celles d’apporter des réponses concrètes et synergiques aux crises systémiques actuelles. Sous peine de perdre tout crédit et de disparaître aussi vite qu’il est apparu, le biomimétisme doit être mis au service de la transition vers une économie décarbonée et régénératrice, d’une agriculture respectueuse des cycles du vivant et contributrice d’une restauration des sols, de la qualité des eaux et de l’atmosphère, ainsi que d’un aménagement différencié des territoires à même d’accueillir toutes les diversités.

Notre conviction, c’est que le biomimétisme, c’est agir par, avec et pour le vivant.


Rédacteur :

Emmanuel DELANNOY, Pikaia


Co-auteurs (par ordre alphabétique) :

Paul Boulanger, Pikaia

Tarik Chekchak, Institut des Futurs Souhaitables

Guillian Graves, Big Bang Project

Kalina Raskin, CEEBIOS

Alain Renaudin, NewCorp Conseil


Signataires (par ordre alphabétique) :

Annabelle Aish, Museum national d’Histoire naturelle

Christophe Aubel, Agence française pour la Biodiversité

Serge Berthier, Université Paris Diderot

Laurent Billon, Université de Pau et des Pays de l’Adour

Olivier Bocquet, Tangram Architectes

Gilles Boeuf, Sorbonne Université

Philippe Botte, Pole-N

Dominique Bourg, UNIL

Thomas Bout, Editions rue de l’échiquier

Gauthier Chapelle, Biomimicry Europa

Rodolphe Deborre, Rabot Dutilleul

Nathalie Devulder, RTE

Philippe Grandcolas, Museum national d’Histoire naturelle

Marie Christine Hergault , Cité des Sciences et de l’industrie

Bruno Lhoste, INDDIGO

Pascale Loiseleur, Maire de Senlis

Jérôme Perrin, Renault

Patricia Ricard, Institut Océanographique Paul Ricard

Chrystelle Roger, Myceco

Olivier Scheffer, Symbiopolis

Jian Sheng Sun, Museum national d’Histoire naturelle

Jean Denis Vigne, Museum national d’Histoire naturelle

Lea Zaslavsky, Makesense

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