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Politiques budgétaire et monétaire : la recherche d’un cap

Les pouvoirs publics et la Banque centrale européenne souhaitent normaliser leur politique au cours de l’année 2022 avec le reflux de l’épidémie et grâce au retour de la croissance. Le soutien à l’économie, les rachats d’obligations publiques, les taux bas devaient progressivement disparaître, et cela d’autant plus rapidement que l’inflation faisait un retour fracassant. Ce scénario a volé en éclat avec le conflit en Ukraine.

Depuis la fin de l’année 2021, la restauration des comptes publics est un sujet de tensions au sein de l’Union européenne entre les partisans d’un retour aux critères d’avant-crise et ceux qui souhaitaient un nouveau cadre d’action budgétaire prenant en compte par exemple la transition énergétique. Avant même la crise ukrainienne, les États de la zone euro peinaient à réduire leurs déficits malgré le retour de la croissance. Les soutiens à l’économie demeuraient importants tout comme les dépenses en faveur de la santé en raison de la succession de vagues covid. Le déficit public de la zone euro qui était passé de 0,8 à plus de 7 % du PIB de 2019 à 2020 s’est élevé à 5,5 % du PIB en 2021. Le conflit entre l’Ukraine et la Russie contraint les États européens à augmenter leurs dépenses militaires et à compenser pour les entreprises et les ménages, la hausse des prix de l’énergie, des matières premières et des produits agricoles. Les dépenses militaires qui avaient atteint un point bas, pour la zone euro, à 1,3 % du PIB en 2015 étaient en légère progression depuis. Elles se sont élevées à 1,5 % du PIB en 2021. L’Allemagne a prévu un accroissement de ses dépenses militaires pour 2022 de 100 milliards d’euros afin de moderniser ses équipements. L’objectif affiché par le gouvernement allemand est de consacrer 2 % du PIB à l’effort de défense. Avec le plan de résilience, la facture de la crise énergétique atteint, en France, 30 milliards d’euros pour l’État.

Dans ce contexte, les dépenses publiques qui avaient baissé de 4 % entre 2020 et 2021 repartent à la hausse, sachant que, depuis le début du siècle, elles ont progressé de plus de 35 % (en euros constants).

La conséquence sera un maintien à un niveau élevé du taux d’endettement public au sein de la zone euro. Il s’élevait à 100 % du PIB en 2021, contre 85 % en 2019 et 65 % en 2002. Le retour des règles budgétaires européennes est reporté au mieux à 2024. Leur négociation devait commencer au cours de la présidence française de l’Union européenne pour s’achever avant la fin de l’année. Le calendrier de la discussion est décalé dans le temps. La décision de l’Allemagne de recourir à l’emprunt pour financer ses dépenses de défense a été perçue comme une inflexion par rapport à sa position antérieure de retour aussi rapide que possible à une orthodoxie budgétaire.

Réaction rapide face à l’inflation

Face à des niveaux élevés des déficits publics, la Banque centrale européenne sera certainement contrainte de maintenir une politique monétaire accommodante. Elle sera obligée de concilier autant que possible la lutte contre l’inflation et la solvabilité des États. Certains estiment même que l’arrêt des rachats d’obligation qui a été annoncé pour la fin de l’année ne sera pas respecté. La base monétaire qui a doublé de 2019 à 2021, en passant de 3 000 à 6 000 milliards d’euros, au sein de la zone euro devrait continuer à s’accroître dans les prochains mois. D’autres appellent de leurs vœux une réaction rapide face à l’inflation qui tend à s’accélérer. Le cap à établir est de plus en plus difficile en raison de la multiplication des écueils.


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Philippe Crevel

Dirige, depuis 2004, le Cercle de l'Epargne, centre d'études et de recherche sur l'épargne et la retraite mais aussi fondateur et gérant de la société d'études et de prospectives économiques Lorello Ecodata.

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