Crédit : Can Stock Photo – alphaspirit

Transition énergétique et croissance : les termes du débat

En 2020, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué en raison des confinements imposés par la crise sanitaire. Avec la reprise économique, elles sont reparties à la hausse.

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Pour certains, le respect des engagements climatiques internationaux (neutralité carbone nette en 2050) ne peut que passer par une réduction du PIB mondial, car les acteurs économiques sont dans l’incapacité d’améliorer l’efficacité énergétique de la croissance. D’autres espèrent que l’accélération des investissements permettra une décarbonation des activités économiques. Pour faciliter la réalisation des infrastructures nécessaires, l’épargne devrait être privilégiée à la consommation, ce qui suppose un réel changement de mode de vie en Occident.

La contraction du PIB, seule solution ?

De 1995 à 2021, les émissions mondiales de CO2 sont passées de 22 000 millions de tonnes à 34 000 millions de tonnes. En 2020, la contraction du fait de la pandémie a été de 2 000 millions de tonnes, conséquence d’un recul de plus de 3 points du PIB mondial. Avec la reprise de l’activité, ce gain a été effacé en moins d’un an.

Depuis quarante ans, l’obtention d’un point de croissance nécessite de moins en moins d’énergie.

Cette amélioration de l’efficacité énergétique n’est pas suffisante pour réduire le volume global des émissions de CO2 du fait de l’augmentation de la population et d’un recours important aux énergies carbonées. Depuis 1995, l’efficacité énergétique s’est améliorée de 25 % quand, sur la même période, le ratio de CO2/consommation totale d’énergie n’a diminué que de 4 %.

Pour satisfaire les obligations de réductions d’émission de CO2, une contraction du PIB serait donc la seule solution. Celle-ci est en l’état inacceptable pour les pays émergents et en développement qui sont, par ailleurs, ceux dont la population augmente fortement. L’attrition du PIB est également un casus belli au sein des pays avancés qui doivent faire face au vieillissement de leur population et à une demande sociale en forte augmentation. En France, la crise des « gilets jaunes » en 2018 a souligné la difficulté d’appliquer une taxe carbone. La transition énergétique est en outre coûteuse sur le plan budgétaire et suppose donc la mobilisation importante de crédits.

Concilier développement et transition énergétique : utopique ?

L’autre voie possible consiste à accroître les investissements afin de concilier la croissance et la décarbonation avec, comme prérequis, une rentabilité des investissements sous le double angle de la transition énergétique et de la productivité. Cette option suppose l’un effort d’investissement accru et une orientation voire une augmentation de l’épargne. Une affectation différente de l’épargne peut avoir comme conséquences de moindres ressources pour financer par exemple des dépenses sociales, des dépenses en faveur de l’emploi, etc. Compte tenu des besoins en matière de retraite, de santé, de formation et de sécurité, les marges de manœuvre pour les pouvoirs publics sont faibles. Il est possible de réduire les ressources dévolues aux investissements extérieurs à la zone euro.

Les besoins de financement pour la transition énergétique nécessiteraient, selon l’économiste Patrick Artus, une augmentation de 4 points du taux d’investissement au sein de la zone euro qui s’élevait fin 2021 à 26 %. Cette augmentation permettrait la réalisation d’équipements pour la production et le stockage des énergies renouvelables, pour la décarbonation de l’industrie et pour la rénovation thermique des bâtiments et logements. Cet effort d’investissement s’accompagnerait d’une destruction de capital avant même son amortissement. Des équipements en lien avec les énergies fossiles seraient déclassés tout comme une partie des moyens de transport (véhicules terrestres, navires, aéronefs). Sauf à opter pour un financement monétaire avec les risques induits en termes d’inflation et de dépréciation monétaire, la mobilisation de capitaux pour la transition énergétique devrait générer une diminution des autres investissements et une contraction de la consommation, ce qui serait également vécu par les populations concernées comme une décroissance. Une telle option serait un changement de cap, la consommation ayant plus que doublé à l’échelle mondiale de 1995 à 2021.

Pour financer la transition énergétique, les pouvoirs publics pourraient augmenter la fiscalité avec l’introduction d’une taxe carbone ou d’un impôt sur la fortune écologique.

La conséquence de telles mesures serait une diminution de la consommation. Les gouvernements pourraient enfin prendre des mesures incitatives afin d’orienter plus fortement l’épargne des ménages et des entreprises vers des investissements accélérant la transition énergétique.

L’option de l’investissement peut s’avérer à moyen terme favorable à la croissance par les gains de productivité qui seront générés, et permettre ainsi un retour à une croissance de la consommation. La croissance exige que l’ensemble des États jouent le jeu et que d’importantes innovations rendent possibles une diminution sensible des émissions de CO2 ou à défaut leur captation.

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Philippe Crevel

Dirige, depuis 2004, le Cercle de l'Epargne, centre d'études et de recherche sur l'épargne et la retraite mais aussi fondateur et gérant de la société d'études et de prospectives économiques Lorello Ecodata.

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