Faut-il s’aimer pour s’associer ? La leçon de Bruce Dickinson (Iron Maiden)

Pour obtenir une entreprise florissante sur la durée, il faut évidemment être attentif aux atomes crochus entre associés. Mais cela ne veut pas dire pour autant être ou devenir amis.

Iron Maiden en concert – Crédit : Thibault Trillet – Pexels

26 septembre 1981 : il y a 40 ans presque jour pour jour, Bruce Dickinson intègre Iron Maiden, le groupe mythique de heavy metal. S’ensuivent de nombreux albums plus ou moins réussis qui permettent au chanteur britannique d’exprimer son aisance vocale. Bruce Dickinson possède une signature vocale unique qui en fait l’un des plus grands chanteurs de rock. Mais Bruce Dickinson, ce n’est pas qu’une voix, qu’une star qui a vendu des dizaines de millions d’exemplaires. C’est aussi un pilote d’avion (en 2008, à l’occasion d’une tournée du groupe, il a piloté un Boeing 757), un entrepreneur (en 2012, il a fondé sa propre société, Cardiff Aviation, qui fournit des services à d’autres compagnies aériennes). Entrepreneur toujours, il a plus récemment lancé une marque de bière artisanale. C’est aussi un héros en Bosnie : en décembre 1994, alors en tournée mondiale pour la promotion de son album solo Balls To Picasso, Bruce Dickinson avait organisé un concert à Sarajevo, alors assiégée. Il est aujourd’hui citoyen d’honneur de la ville. Le chanteur a également vaincu ces dernières années un cancer de la gorge qui n’a nullement compromis ses performances vocales. C’est cette dernière épreuve qui l’a décidé à écrire son autobiographie.

Un succès qui dure

Iron Maiden, c’est un groupe de métal, des blousons noirs, d’horribles tatouages, des cheveux longs, des tee-shirts à tête de mort, des références sataniques, des concerts où des centaines de litres de bière sont liquidées… Mais ce n’est pas que cela. C’est aussi et surtout une entreprise qui dure depuis plus de quatre décennies. Un business savamment orchestré.

Le groupe ne vit pas seulement sur son passé, sa discographie, ses rentes : le groupe continue de proposer de nouvelles compositions. 17 albums studio et 13 albums live ! Leur dernier album, sorti au début de ce mois, a fait une entrée fracassante dans les charts, preuve qu’ils plaisent toujours auprès de leur public historique et au-delà. Le groupe continue également à réaliser des performances remarquables en concert. Leurs tournées embarquent une petite centaine de roadies. Une sacrée logistique ! Bien sûr, tous les membres du groupe sont multimillionnaires. Bref, Iron Maiden est une belle PME : rentable et attractive.

Business is business

Mais revenons à Bruce Dickinson et à son autobiographie. La lecture de cette dernière peut laisser un goût amer aux fans, ces doux rêveurs qui idéalisent la vie de leurs idoles. Car cette biographie laisse très peu, voire pas de place aux autres membres du groupe. Aucune allusion, ou alors si mince… Visiblement, les relations du chanteur avec les autres membres du groupe restent uniquement professionnelles. Ils ne passent certainement pas leurs vacances ensemble. Pas de partages d’anecdotes ni de plaisanteries dans cette autobiographie. Rien ! Aucune trace avérée d’amitié, ce qui est aussi surprenant que décevant.

Bien loin du cliché de la bande de potes, la trajectoire d’Iron Maiden démontre que le secret de la pérennité d’une organisation réside dans l’intérêt bien compris des différentes parties prenantes.

Avec Iron Maiden, nous avons en effet affaire à une communauté d’intérêts comme il en existe dans les entreprises traditionnelles. Est-ce si grave ? Cela nuit-il à la qualité de ses productions musicales ? Apparemment pas.

L’avenir leur appartient

Pour les membres du groupe, le temps d’une luxueuse retraite n’est pas encore venu. Le groupe continue à « envoyer du pâté », notamment en concert. La passion n’est pas morte. L’intérêt reste intact. Le ciment du groupe, ce n’est pas l’amitié, mais un projet dans lequel chacun se retrouve toujours.

Moralité : on peut s’associer sans forcément s’entendre sur un plan personnel, même sur le long terme. Surtout sur le long terme. Des couples fonctionnent d’ailleurs de cette manière et chaque membre y trouve son compte. Après tout, on peut ne pas être ami sans pour autant se détester. On trouvera sans doute cela triste, mais là réside peut-être le secret de la longévité d’un collectif. Car combien d’associations reposant sur l’amitié ou même l’amour ont rapidement capoté ? Et si s’associer était précisément pour des amis le meilleur moyen de se brouiller ? A méditer… Du fonctionnement d’Iron Maiden, ne tirons pas de loi. Mais retenons la leçon.

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Antoine Lefranc

Journaliste professionnel, il collabore à différents titres de presse nationale et régionale

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