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Croissance : moins bien que prévu

Avec la survenue de la guerre en Ukraine et les résultats du premier trimestre, la Commission européenne a révisé à la baisse ses prévisions économiques. Dans l’Union comme dans la zone euro, elle n’anticipe plus que 2,7 % de croissance du PIB en 2022 quand, en février, elle espérait un taux de 4 %.

La croissance de cette année devrait reposer, pour l’essentiel, sur l’acquis de croissance de la fin 2021. La croissance de l’année dernière avait atteint 5,4 % faisant suite à la contraction de 6,4 % en 2020. La prévision de croissance pour 2023 a été ramenée à 2,3 %, dans l’UE comme dans les 19 États de la zone euro, contre 2,7 % lors des précédentes prévisions. Pour la France, Bruxelles table sur 3,1 % cette année puis 1,8 % en 2023.

L’acquis de croissance est le résultat de la mesure, à n’importe quel stade de l’année, de ce que serait la croissance moyenne annuelle si la production se stabilisait à son dernier niveau connu. Au cours d’une année N (au 1er janvier, à la fin du premier, du deuxième ou du troisième trimestre), l’acquis de croissance désigne précisément la croissance moyenne annuelle qui serait obtenue en supposant que le niveau de la production se stabilise au niveau atteint lors du dernier trimestre connu. En 2021, la forte croissance de la fin d’année, contribue à l’acquis de croissance estimé pour 2022, le calcul se faisant sur la moyenne des trimestres.

L’inflation s’installe

En Europe, l’inflation progresse depuis le début de l’année 2021. De 4,6 % en glissement annuel au dernier trimestre 2021, elle est passée à 6,1 % au premier trimestre 2022. L’inflation globale dans la zone euro a atteint 7,5 % en avril, le taux le plus élevé de l’histoire de l’union monétaire. Sur l’ensemble de l’année, pour la zone euro, la Commission prévoit une inflation de 6,1 %, soit 2,1 points de plus que la prévision de cet hiver. L’inflation devrait culminer à 6,9 % au deuxième trimestre de cette année et diminuer progressivement par la suite. Elle reviendrait à 2,7 % en 2023. Pour l’Union européenne, l’inflation devrait passer de 2,9 % en 2021 à 6,8 % en 2022, puis retomber à 3,2 % en 2023. L’inflation sous-jacente moyenne devrait dépasser 3 % en 2022 et 2023, tant dans l’Union européenne que dans la zone euro.

La bonne surprise de l’emploi

La Commission parie sur la poursuite de la baisse du taux de chômage qui s’élèverait à 6,7 % en 2022 et à 6,5 % en 2023. En 2021, plus de 5,2 millions d’emplois ont été créés au sein des États membres de l’Union avec, comme conséquence, une augmentation de la population sur le marché du travail de près de 3,5 millions. Le nombre de demandeurs d’emploi a diminué de près de 1,8 million de personnes. Les taux de chômage à la fin de 2021 sont tombés en dessous des niveaux record précédents. Les conditions du marché du travail devraient encore s’améliorer. L’emploi dans l’Union devrait augmenter de 1,2 % cette année. Les personnes fuyant la guerre en Ukraine, soit un à deux millions d’actifs, devraient entrer sur le marché du travail progressivement, et les effets tangibles ne devraient donc être visibles qu’à partir de l’année prochaine.

La réduction du déficit budgétaire reportée

Malgré le coût des mesures visant à atténuer l’impact des prix élevés de l’énergie et à soutenir les personnes fuyant l’Ukraine, le déficit public global de l’Union européenne devrait encore diminuer en 2022 et 2023, les mesures de soutien temporaires liées à la pandémie de COVID-19 continuant d’être supprimées. De 4,7 % du PIB en 2021, le déficit de l’Union devrait tomber à 3,6 % du PIB en 2022 et 2,5 % en 2023 (3,7 % et 2,5 % dans la zone euro). Les écarts entre les États membres pourraient s’accroître rendant difficile l’adoption de nouveaux critères budgétaires.

Après avoir diminué en 2021 à environ 90 % (97 % dans la zone euro) par rapport au pic historique de près de 92 % du PIB en 2020 (près de 100 % dans la zone euro), le ratio agrégé dette/PIB de l’Union devrait baisser à environ 87 % en 2022 et 85 % en 2023 (respectivement 95 % et 93 % dans la zone euro), restant au-dessus du niveau d’avant la COVID-19.

Des incertitudes nombreuses

Les risques pesant sur les prévisions d’activité économique et d’inflation dépendent fortement de l’évolution de la guerre, et en particulier de son impact sur les marchés de l’énergie. La Commission a établi un scénario avec des cours plus élevés pour l’énergie et les matières premières en lien notamment avec une réduction pure et simple de l’approvisionnement en gaz en provenance de Russie. Dans ce dernier scénario, les taux de croissance du PIB seraient inférieurs d’environ 2,5 et 1 points de pourcentage au niveau de référence prévu en 2022 et 2023, respectivement, tandis que l’inflation augmenterait de 3 points de pourcentage en 2022 et de plus de 1 point de pourcentage en 2023, au-dessus du niveau 2019.

Au-delà des perturbations potentielles concernant le marché de l’énergie, le maintien de graves problèmes d’approvisionnement des chaînes de production et de nouvelles hausses des prix des produits de base non énergétiques, en particulier des produits alimentaires, pourraient entraîner des pressions à la baisse supplémentaires sur la croissance et une inflation plus forte.

Des effets de second tour plus importants que prévu face à un choc inflationniste importé pourraient aggraver les forces « stagflationnistes ». La Commission souligne qu’une rupture brutale des livraisons à l’Europe de gaz russe aurait des effets importants et immédiats en raison de « solutions limitées de substitutions ». L’invasion de l’Ukraine par la Russie conduit à un découplage économique de l’Union Européenne vis-à-vis de la Russie. Cette déconnexion concernerait de nombreux secteurs, l’énergie, l’automobile, l’aéronautique, l’aérospatiale, etc.


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Philippe Crevel

Dirige, depuis 2004, le Cercle de l'Epargne, centre d'études et de recherche sur l'épargne et la retraite mais aussi fondateur et gérant de la société d'études et de prospectives économiques Lorello Ecodata.

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