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La croissance potentielle supportera-t-elle un troisième confinement ?

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Une course de vitesse s’engage dans le cadre de la guerre contre le coronavirus pour engager de manière massive et aussi rapide que possible la vaccination de la population. Cet exercice sans précédent nécessitera la mise en place de plans de production et de vaccination associant un grand nombre d’acteurs. L’objectif est d’éviter la survenue d’une troisième vague exigeant un nouveau confinement dont le coût économique et psychologique serait élevé.

Si le deuxième confinement a été moins violent que le premier au niveau de l’activité, il a souligné que les Etats occidentaux restaient tributaires de l’évolution de la pandémie. Il a cassé la dynamique de reprise du troisième trimestre. Dans ces conditions, le recul du PIB en France pourrait atteindre -11 % et de -5,5 à -6 % pour la Zone. Par ailleurs, par un effet de base, la croissance de 2021 sera affaiblie. Par rapport aux prévisions de l’été, la perte de croissance est évaluée à 1 point. Ainsi, celle-ci se situerait entre -5 et -6 % pour la France et la Zone euro.

La deuxième vague devrait avoir une incidence non négligeable sur la croissance potentielle des pays concernés. En conduisant à des reports d’investissement et en amenant une destruction de capital, elle réduit le potentiel productif des économies. Après la crise des subprimes, la croissance potentielle s’était déjà contractée. Il en fut de même en Europe après la crise des dettes souveraines.

La croissance potentielle est en baisse en raison de la diminution de la population active ayant un emploi. La montée du chômage entraîne une perte de capital humain et une diminution des compétences. Ce risque est d’autant plus élevé que plusieurs secteurs menacés figurent parmi ceux qui jusqu’à maintenant créaient des emplois à forte qualification comme l’aéronautique ou l’automobile.

L’Etat à la rescousse

En l’état actuel, la perte de croissance potentielle est évaluée entre 0,5 et 0,6 point (sur la base de 0,1 point par point de recul de PIB sur les années 2020 et 2021). En revanche, si un nouveau confinement s’imposait en 2021, la perte de croissance potentielle serait bien plus élevée jusqu’à un point, avec comme risque une longue période de stagnation. Un troisième confinement mettrait un peu plus en danger les finances des Etats contraints de venir en aide à un nombre croissant de secteurs d’activité.

Le premier confinement devait être unique puis il y a eu le deuxième qui est supposé être le dernier de la série. Il faut l’espérer, mais rien ne le garantit tant que l’immunité collective générée de manière naturelle ou vaccinale ne sera pas effective. Les agents économiques doivent donc s’habituer à évoluer en mode dégradé. L’adaptation est le propre de l’activité humaine. Si statistiquement, l’épidémie de covid-19 est supposée réduire la croissance potentielle, elle pourrait également générer un rebond durable de croissance en cassant certaines habitudes, en mobilisant des équipes de chercheurs qui pourraient réaliser des découvertes connexes à celles proprement centrées sur le coronavirus. Internet est tout à la fois un descendant de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre froide. Les antibiotiques se sont diffusés dans le sillage des armées américaines après 1945. Le spatial et l’aéronautique ont également bénéficié durant des décennies des recherches effectuées durant la guerre 1939/1945. La baisse de la croissance potentielle n’est pas une fatalité en soi. La hausse de la productivité pourrait déjouer ce scénario peu réjouissant.

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Philippe Crevel

Dirige, depuis 2004, le Cercle de l'Epargne, centre d'études et de recherche sur l'épargne et la retraite mais aussi fondateur et gérant de la société d'études et de prospectives économiques Lorello Ecodata.

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