L’Italie, un pays à risque pour la zone euro ?

La crise sanitaire a abouti à une forte augmentation des dettes publiques au sein de la zone euro, +20 points de PIB en moyenne. Les Etats qui étaient déjà fortement endettés sont, de ce fait, encore plus exposés en cas d’augmentation des taux d’intérêt. En cas de ralentissement de la croissance, des tensions pourraient apparaître avec une possible résurgence de la crise des dettes souveraines. L’Italie apparaît pour un certain nombre d’experts comme le maillon faible de la zone euro.

La croissance potentielle de l’Italie est l’une des plus faibles de la zone euro. Elle est ainsi inférieure à celle de l’Allemagne, de la France ou de l’Espagne. L’absence de gains de productivité en Italie et le rapide vieillissement démographique pèsent sur sa croissance. Depuis 1999, le PIB italien ne s’est accru que de 10 %, contre 50 % pour l’Espagne et 35 % pour la France ou l’Allemagne. Le PIB en Italie est en 2022 inférieur à celui de 2008. Il s’agit du seul pays de la zone euro à ne pas avoir compensé les effets de la crise des subprimes. La productivité par tête en 2021 était inférieure de 5 points à celle de 1999 quand elle est supérieure de plus de 6 points pour tous les autres États de la zone euro. Au niveau de l’évolution de la population active au sein de la zone euro, seule l’Allemagne connaît une situation plus dégradée. Les États membres ont enregistré des progressions de 3 à 15 % de la population active lors de ces vingt dernières années quand en Italie, une stagnation est constatée et qu’en Allemagne une contraction de 5 % a été enregistrée.

De 120 à 160 % du PIB

La croissance potentielle médiocre de l’Italie entraîne un manque à gagner en matière fiscale en lien avec la faiblesse du revenu par habitant. Si en 1999, le PIB par habitant en Italie représentait 80 % de celui de l’Allemagne, ce ratio n’est plus que de 70 % en 2021. Des revenus entravés provoquent un manque à gagner en matière de recettes fiscales conduisant à un déficit public élevé. Depuis 1999, il est supérieur structurellement d’au moins 2 points de PIB. Sur la période, la dette publique est passée de 120 à 160 % du PIB. Elle est la deuxième la plus élevée après celle de la Grèce. Elle est 40 points au-dessus de celles de la France et de l’Espagne et deux fois plus importante que celle de l’Allemagne.

Du fait de son niveau élevé d’endettement, l’Italie paye des taux d’intérêt plus élevés que la moyenne des États membres de la zone euro. L’écart de taux pour les titres souverains à dix ans par rapport à l’Allemagne atteint 1,5 point pour l’Italie, 1 point pour l’Espagne et 0,5 point pour la France. La faible croissance rend, par ailleurs, plus difficile la réduction de l’endettement public.

Si une crise de la dette provoquée par un durcissement de la politique monétaire devait survenir en zone euro, elle toucherait en premier l’Italie.

Ce risque devrait conduire l’Union à prendre des mesures de soutien ciblées sur ce pays et sur ceux dont les situations financières sont semblables afin d’éviter un élargissement pernicieux des écarts de taux. Sur le plan financier, la BCE devrait poursuivre ces rachats de titres pour les pays fortement endettés. Au niveau des politiques de soutien à l’activité et d’aides structurelles, l’Italie devrait être prioritaire afin d’améliorer son taux de croissance potentielle.


Crédit Photo : istock – Pexels

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Philippe Crevel

Dirige, depuis 2004, le Cercle de l'Epargne, centre d'études et de recherche sur l'épargne et la retraite mais aussi fondateur et gérant de la société d'études et de prospectives économiques Lorello Ecodata.

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