Biodiversité : les quatre piliers de l’engagement du dirigeant

Plus de 40 % des espèces d’amphibiens, près de 33 % des récifs coralliens et plus d’un tiers de tous les mammifères marins seraient menacés au cours des prochaines décennies[1]. Les causes sont multiples (pollution, changements d’usage des terres, changement climatique, surexploitation des ressources et introduction d’espèces toxiques envahissantes). Les conséquences, forcément désastreuses tant la biodiversité génère des services indispensables à notre vie sur terre. En considérant ces enjeux dans leur stratégie d’entreprise, les dirigeants peuvent jouer un rôle majeur pour enrayer ce phénomène.

Et il faut bien le dire, certaines entreprises s’emparent déjà du sujet. C’est notamment le cas des grands groupes tels que EDF, Eiffage, La Poste, LVMH, Unibail — Rodamco-Westfield, ou encore le Club Med qui en 2021 prenaient part à un groupe de travail piloté par BL évolution, un cabinet de conseil solidaire en stratégie RSE. L’objectif ? Expérimenter une nouvelle méthodologie construite par la coalition internationale Science-Based Target pour identifier les sujets prioritaires en matière de biodiversité à l’échelle de leur groupe, prioriser les enjeux identifiés, et construire des objectifs chiffrés fondés sur une démarche scientifique.

Cependant nombreuses sont les entreprises qu’il reste à mobiliser, surtout chez les TPE et PME. Ces dernières échappent à la réglementation, et seraient insuffisamment sensibilisées à ces enjeux ou n’auraient pas les moyens d’être accompagnées. 

Pourtant, le temps presse et les enjeux sont colossaux. On compte d’abord les risques opérationnels, liés à la raréfaction des ressources naturelles et à l’augmentation de leur coût qui impacterait directement les capacités d’approvisionnement des entreprises. Ensuite, les risques en matière de réputation et d’avantage concurrentiel, les diverses parties prenantes des entreprises étant de plus en plus regardantes sur le signalement et la gestion des externalités négatives en matière d’environnement. Enfin, l’accès des entreprises aux financements de fonds d’investissement, qui demanderaient d’avoir un regard sur la prise en compte de ces enjeux, pourrait également se révéler problématique.  

1 – Se former, une étape incontournable

Reste que la biodiversité est un sujet complexe. Les pressions, impacts et solutions divergent selon la typologie et le secteur de l’entreprise. Une bonne compréhension du sujet est donc essentielle. Teddy Travert, dirigeant d’Hyphae, entreprise qui met en relation des entreprises et des talents, nous le confirme. La première étape de son engagement a été la formation, pour lui puis pour ses collaborateurs, par le biais des ateliers biodiversité d’Engage, du Global biodiversity score et de la Fresque de la biodiversité.

2 – Adopter une approche systémique

Ces ateliers de formations nous apprennent notamment que les questions de biodiversité sont transversales et intimement liées aux autres problématiques environnementales. Dès lors, à charge pour les entreprises d’inscrire leurs initiatives en faveur de la biodiversité dans une démarche systémique.

C’est le cas d’Alpes Contrôles à Annecy, une société spécialisée dans le contrôle réglementaire, et qui, sous l’impulsion de son Président et fondateur Michel Vignoud, a entrepris de nombreuses actions pour limiter ses impacts environnementaux. Le bâtiment du siège a été élaboré de façon à optimiser la consommation énergétique grâce, notamment, à l’installation de panneaux solaires sur les toits ou en s’assurant d’une isolation thermique performante. L’entreprise est implantée dans une zone industrielle, artisanale, économique ayant subi un fort taux d’artificialisation durant la dernière décennie. En réponse à ce phénomène un espace de permaculture entretenu par un maraîcher a été aménagé autour du bâtiment. Les produits sont tous revendus aux salarié. e. s au prix du marché. Enfin, un Copil Planète, auxquels ces derniers prennent part sur la base du volontariat, a été créé afin de mener des réflexions sur les divers enjeux de la transition tels que la mobilité douce, l’énergie, ou encore la sensibilisation des collaborateurs et collaboratrices.

3 – Sensibiliser son écosystème local

Mais au-delà de son développement interne, l’entreprise dispose aussi de leviers d’action auprès de son environnement local pour générer une prise de conscience et inciter au passage à l’action des partenaires professionnels ou des particuliers.

C’est le cas de Romuald Garnier, gérant de magasins Biocoop à Quimper, en Bretagne, dont l’entreprise n’hésite pas à se mobiliser auprès de sa communauté à travers un partenariat avec une école de pêche et propose un guide de pêche et des ateliers de pêche en rivière à destination des jeunes en vue de les sensibiliser à l’écosystème de la rivière. Elle est également mobilisée auprès de l’Association pour Développement Économique et Social (ADES) dans le cadre de la construction d’un plan pour accompagner les élus dans la transition agricole de son territoire.

Plus largement, l’ensemble des dirigeants interrogés par nos soins souligne l’importance de la communication et de l’échange autour de ces actions, dans l’objectif d’inspirer le plus grand nombre.

4 – S’investir dans une communauté d’acteurs

Ce rayonnement permet de rompre son isolement face à ces problématiques, de mieux les appréhender et de s’inspirer de ses pairs dans son changement de modèle entrepreneurial. D’une situation critique – le traitement lacunaire de ces questions à l’échelle de l’entreprise – naît alors une opportunité. Lors de son passage de l’agriculture intensive à l’agriculture biologique et en l’absence de formations et d’outils adaptés au début des années 2000, Yves Fourny, paysan en agriculture biologique en Vendée n’a pu compter que sur l’échange avec ses pairs durant ses dix années de transition. Le catalogue de formation est maintenant plus développé pour les jeunes générations, mais pour Yves, ces échanges de bonnes pratiques restent essentiels à la conduite de son activité aujourd’hui.


Ce témoignage, parmi d’autres, illustre à quel point l’engagement pour la biodiversité nécessite des plans d’action systémiques, de long terme et en communauté. Et derrière ces plans d’action, un engagement sans faille des dirigeants et de leurs collaborateurs.

Emmy Lefort


[1] Selon le dernier rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémique (IPBES, 2019).

Crédit Photo : Can Stock Photo – TanawatPontchour

Partager cet article :

Contribution

Ça peut vous intéresser

Laisser un commentaire

À propos du CJD

Créé en 1938 par Jean Mersch, le CJD demeure le plus ancien mouvement patronal français. L’association compte plus de 5000 membres – Entrepreneur·e·s et cadres dirigeant·e·s – réparti·e·s en France et représentant 432 087 d’emplois. Imaginé à partir de la conviction profonde qu’une économie au service de l’Homme incarne la clef de la compétitivité des entreprises hexagonales, le mouvement demeure non partisan et force de propositions concrètes pour relancer l’emploi et pérenniser les entreprises. 

Retrouvez le CJD sur ces réseaux :