Yuka : quelle place pour l’information indépendante?

L’application Yuka est l’objet de vives attaques concernant sa dénonciation des sels nitrités dans la charcuterie. Pourtant, de plus en plus d’études montrent la dangerosité de ces additifs. Quelle place aujourd’hui pour l’information indépendante concernant notre alimentation?

Y a-t-il un lien entre l’ajout de nitrite dans la charcuterie et le risque de cancer? Environ 76 % de la charcuterie dans la grande distribution contiendrait des nitrates ou des nitrites, selon un rapport remis en 2021 par les députés Richard Ramos, Michèle Crouzet et Barbara Bessot-Ballot sur « les sels nitrités dans l’industrie agroalimentaire ». Ces additifs permettent de limiter la prolifération de micro-organismes nuisibles comme le Clostridium botulinum. Ils permettent également de donner à la viande sa couleur rosée que le consommateur associe à la fraîcheur. Ce rapport préconised’« interdire l’utilisation des additifs nitrés dans la charcuterie à compter du 1er janvier 2023 pour les produits à base de viande non traités thermiquement à compter du 1er janvier 2025 pour l’ensemble des produits de charcuterie ».

La dangerosité de ces additifs apparaît aujourd’hui réelle. Un rapport de l’ANSES datant de juillet dernier va dans ce sens. D’après une note accompagnant ce rapport, « l’Anses a analysé les publications scientifiques en cancérologie parues depuis les travaux de référence de l’Efsa (2017) et du CIRC (2018). Elle confirme l’existence d’une association entre le risque de cancer colorectal et l’exposition aux nitrites et/ou aux nitrates, qu’ils soient ingérés par la consommation de viande transformée, ou via la consommation d’eau de boisson. Plus l’exposition à ces composés est élevée, plus le risque de cancer colorectal l’est également dans la population ».

Alors que les recherches sur la question semblent pour le moment et aller toutes dans le même sens et que des acteurs importants de la filière prennent acte des résultats obtenus, cette affaire s’est invitée au Tribunal de Commerce de Paris. Condamnée en juin 2021 pour « acte de dénigrement » et « pratique commerciale déloyale et trompeuse » ? L’application indépendante Yuka qui permet aux consommateurs de scanner les codes-barres des produits alimentaires pour évaluer leur composition a dû verser 20 000 euros de dommages et intérêts à la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs. Depuis, les attaques contre Yuka s’intensifient. Le 13 septembre, le tribunal d’Aix-en-Provence a condamné l’application à payer 25.000 euros de dommages et intérêts au spécialiste du jambon cuit ABC Industrie. Onze jours plus tard, nouvelle condamnation par le tribunal de commerce de Brive-la-Gaillarde : 20 000 euros de dommages et intérêts à verser pour préjudice moral et réputationnel à la société le Mont de la Cos. L’application a fait appel des trois décisions rendues et a lancé une cagnotte pour faire face aux frais de justice. Le combat de Yuka contre les sels nitrités n’est ni nouveau ni solitaire. Avec l’association Foodwatch et la Ligue contre le cancer, Yuka a lancé une pétition pour leur interdiction.

Le 5 octobre 2019, l’application était déjà condamnée pour dénigrement à la demande de la Fédération française des aliments en conserve. Malgré les précautions prises dans l’article et sur la base d’un seul article d’un nutritionniste, Yuka avait fait l’amalgame entre boîtes de conserve et aluminium, considéré comme dangereux. Or il n’y a pas de danger de consommer des aliments en conserve. Si cette condamnation est sévère, mais compréhensible, elle montre cependant l’attention soutenue des groupes d’intérêts de l’industrie agroalimentaire à l’égard de cette application qui entend donner au consommateur une information fiable et indépendante sur les qualités nutritionnelles des aliments. Il importe que l’information n’émane pas des seuls industriels, dont – faut-il le rappeler — les intérêts ne recoupent pas totalement ceux des consommateurs. Face au « dénigrement », on peut légitimement opposer le droit d’informer et le principe de précaution.

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La rédaction

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