Quand la crise accroît les besoins en mentorat

Capture d’écran du site www.lementorat.fr

Huit associations, réunies au sein du collectif mentorat, ont déployé leur force lors de la crise sanitaire pour venir en aide aux élèves en difficulté. Un plaidoyer pour l’union de structures œuvrant dans des champs d’action similaires.

L’heure serait-elle à l’union des associations ? Là où la rivalité était souvent de mise (ces structures ont en général les mêmes financeurs), force est de constater qu’un mouvement visant au rassemblement est en cours. Il y a notamment eu l’Ascenseur, ce lieu réunissant au même endroit une vingtaine d’organisations œuvrant pour l’égalité des chances, voici venu le collectif mentorat. L’initiative émane de l’AFEV (Association de la Fondation des Étudiants pour la Ville), l’une des structures les plus importantes en matière d’accompagnement individuel à la scolarité. Eunice Mangado-Lunetta, directrice des programmes, relate : « On était impliqué dans une dynamique européenne autour du mentorat, mais en France, les acteurs ne se parlaient pas. Or, on a tous besoin de visibilité. D’autant que les besoins sont énormes. On a donc proposé à d’autres structures de faire alliance. Elles ont toutes accepté ».

En septembre 2019, à l’invitation de Gabriel Attal, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, une première rencontre a lieu. Le collectif, dont le statut est informel, commence alors à prendre forme. Composé de huit associations – AFEV, Institut Télémaque, NQT, Proxité, Article 1, Socrate, Chemins d’avenirs, Entraide scolaire amicale —, qui accompagnent en tout 22 000 jeunes âgés de 6 à 25 ans —, le collectif s’attelle d’abord à l’échange de bonnes pratiques, la mise en commun de ressources et d’outils, réfléchit à un label…

Première rencontre avec Gabriel Attal

Quand la crise sanitaire survient, le travail de réflexion entamé va prendre une tournure bien plus concrète. L’accompagnement, qui s’effectuait majoritairement en présentiel, doit se poursuivre sous une autre forme. Premier constat : la fracture numérique. Une opération est montée rapidement avec Emmaüs Connect et la fondation Break Poverty pour fournir 1500 ordinateurs à des jeunes accompagnés par les structures du collectif. Du fait de la crise, celles-ci sont également sollicitées par des collectivités, des familles, des établissements scolaires… pour intégrer des jeunes en plus dans les dispositifs d’accompagnement. « Cela avait du sens de travailler tous ensemble et en dx jours, suite à un soutien financier de l’Agence nationale de la cohésion des territoires, nous avons monté une équipe nationale, établi un protocole d’actions, mené une campagne de recrutement auprès de nos mentors cibles – salariés, étudiants, etc. —, variables selon les associations… », dit Eunice.

Résultat : 2500 nouveaux jeunes ont pu être accompagnés. C’est le cas de Liliane Gomes Tavares, 16 ans. En seconde au lycée Claude-Nicolas Ledoux à Pavillons-sous-Bois (93), la jeune fille est mentorée depuis début mai. « J’envoie les devoirs à Lara, mon mentor de l’association Socrate, le jeudi et le vendredi durant plus de deux heures, elle m’explique les exercices, surtout en maths, ou on les corrige ensemble », relate Liliane. Outre l’accompagnement à la scolarité, les deux jeunes femmes échangent, notamment sur l’orientation professionnelle de l’adolescente, qui souhaite devenir infirmière en pratique avancée. « C’était dur le confinement, j’étais laissée à moi-même. Lara m’a beaucoup aidée, même si je n’ai jamais risqué le décrochage », dit-elle.

Crédits : AFEV

Développer le mentorat

Réussir le passage du présentiel au distanciel, tel fut l’un des challenges du collectif mentorat. Un challenge réussi selon Ericka Cogne, directrice générale de l’Institut Télémaque : « On a poursuivi toutes nos missions à distance soit identifier les mentors en entreprise – notamment via le CJD qui a relayé notre appel à bénévoles —, les former, faire les matching avec les jeunes qui ont pu bénéficier par ailleurs de visites d’entreprises ou de lieux culturels en virtuel, comme le site de Pompéi ou les grottes de Lascaux. On a également organisé des webinars sur les métiers. Le tout a permis aux jeunes de garder leur motivation ».

Car outre l’accompagnement scolaire, le mentor joue un rôle de guide, un point de repère pour des jeunes qui en manquent au sein de leur foyer. Il en va ainsi de Jordan, en 4e au collège Boris Vian dans le 17e arrondissement de la capitale. En décrochage scolaire, sa CPE sonne l’alerte et via l’Institut Télémaque, un mentor lui est attribué. Il s’agit de Cécile Aviceau, employée chez Axa et qui dans ce cadre avait fait du mécénat de compétences auprès de l’association. Quand celle-ci fait un appel à candidatures, Cécile n’hésite pas : « J’avais envie de me sentir utile, d’apporter mon aide pour motiver des élèves et soulager des parents, qui peuvent être désarmés. C’est ma contribution à la société », explique Cécile. Le binôme, qui s’est mis en place mi-mai, communique à raison de trois fois par semaine. « J’aide Jordan à trouver les liens pour participer à des classes virtuelles, à aller chercher les devoirs que l’on fait ensemble pour certains, je le motive, je l’encourage quand il a bon à un exercice, je le conseille sur le rythme de sa journée, il se couchait et se levait trop tard… », ajoute Cécile qui souhaite suivre l’adolescent jusqu’aux vacances.

Bref, durant le confinement, l’union des associations impliquées dans le collectif mentorat a vraiment fait la force. De quoi donner envie d’amplifier la démarche. Ericka commente : « La crise a accru les besoins en mentorat et en formation pour le faire à distance. On a foncé, on a innové et on a acquis une expertise que l’on souhaiterait mettre à profit pour l’après-crise sanitaire ». Eunice abonde : « Même si nous ne sommes pas dans la fusion, chacun garde son identité, on est tous conscients que c’est ensemble que l’on pourra contribuer, aux côtés des pouvoirs publics, à la mise en place d’une politique de développement du mentorat en France ».

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