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Comment cultiver sa spontanéité ?

C’est ce que les débutants en improvisation théâtrale redoutent le plus : ne pas avoir d’idée, être « à sec » devant le public, ne plus savoir que dire.

Je crois qu’il s’agit du principal secret (secret de Polichinelle, bien entendu) de l’improvisation théâtrale : vous n’avez pas besoin d’avoir d’idées. Et je crois que ce précepte s’applique aussi à l’entreprise. Voyons cela.

Paradoxal

Comme dans bien d’autres disciplines, la maturité vient lorsqu’on est capable de « faire confiance au processus ». Dieu que cette phrase m’a agacé dans mes apprentissages. M’entendre dire que « j’échouais parce que je ne faisais pas confiance au processus » m’irritait au plus haut point. Cela me mettait — et j’en suis sûr serait encore capable de me mettre — dans une sorte d’impuissance. Et, d’abord, qu’est-ce que cela signifie ? Au fond, et pour caricaturer, cela signifie être insoucieux du résultat. Ça marche tant mieux, ça ne marche pas tant pis. Pas si facile quand on compte sur ce résultat pour se nourrir et nourrir sa famille. La pratique de l’improvisation théâtrale est en cela formidable qu’elle nous permet de faire l’expérience que c’est en ne tentant pas d’atteindre nos objectifs que nous atteignons nos objectifs.

Un peu fort non ? Vous vous voyez dire ça à votre collaborateur commercial ? « Ne cherche pas à atteindre tes objectifs, c’est comme ça que tu vas les atteindre. »

En fait, il ne s’agit pas de s’en moquer vraiment, mais plutôt de les oublier au moment de l’action, car « trop d’enjeux tuent le jeu ». C’est évidemment le privilège de ceux qui sont installés dans une confiance professionnelle, ils ne craignent pas d’échouer et, par conséquent, ne sont pas inquiets ni focalisés sur la réussite. Ils savent qu’elle va venir par surcroît, en quelque sorte. En attendant, ils font de leur mieux, voire cherchent à y trouver du plaisir.

Voilà au fond en quoi consiste la spontanéité : être guidé par notre mouvement intérieur, notre « ici et maintenant » comme diraient les gourous du coaching, et non par la loi d’airain des objectifs fixés.

En improvisation, « lâcher » l’injonction de faire bien et de faire rire, nous permet d’être plus attentif à la situation et plus détendu. Par conséquent le public sera aussi plus détendu et nous saurons plus d’éléments pour rebondir, nous aurons davantage de nourriture pour trouver la réplique suivante. Comme il ne s’agit pas de trouver une réplique désopilante, mais simplement une réplique qui convient dans la situation, disons qui est « plausible », alors nous n’avons pas à nous casser la tête, mais simplement à nous laisser traverser par ce qui advient. Être spontané consiste donc à ne pas faire obstacle à ce qui nous traverse.

Folie et spontanéité

Bien souvent, ceux qui ont des difficultés avec la spontanéité ont aussi des difficultés avec la méditation : « je n’arrive pas à faire le vide ». Bien sûr que non ! Toute personne normalement constituée a une pensée toutes les deux ou trois secondes. La méditation consiste non à les éliminer, mais à les regarder passer. Dans un autre registre, l’improvisation théâtrale consiste à s’en saisir comme elles viennent. C’est le même défaut qui nous empêche de faire l’un ou l’autre : nous considérons ces pensées comme inadéquates et nous les jugeons inintéressantes.

Être entrepreneur, c’est précisément s’autoriser, au moins par moment, ces temps de spontanéité où des idées a priori saugrenues fusent, sans les repousser. Nous le savons, un chef d’entreprise n’est pas seulement entrepreneur, mais aussi dirigeant et une part de lui doit savoir mesurer, jauger et parfois refuser des projets. Mais il ne pourra le faire que sa partie entrepreneuriale le nourrit suffisamment. Il n’y a pas de barrage si la source est tarie. Il n’y a pas d’entreprise sans idée un peu folle et spontanée.

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Laurent Quivogne

Il a travaillé 30 ans dans l’informatique, dont plus de 20 ans comme entrepreneur. Il accompagne aujourd'hui les organisations dans la capacité à dire, à entendre et à assumer les conflits.

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