La vie d’un entrepreneur est souvent plus dure que celle d’un salarié. Vraiment ?

Cette phrase d’Emmanuel Macron [1] n’a pas manqué de provoquer l’ire sur les réseaux sociaux. Point de vue d’un entrepreneur qui s’occupe d’entrepreneurs.

Mais commençons par un petit détour : tous les thérapeutes pourront vous le dire, les souffrances ne se comparent pas. Entre deux personnes qui ont vécu des situations différentes, peut-être même si différentes que l’une semblera à certains infiniment plus pénible que l’autre, nul ne saurait dire laquelle des deux va en pâtir le plus. C’est dire que « plus dure » ne saurait être objectivé.

Quelques repères néanmoins peuvent nous aider :

1/La vie d’un entrepreneur est plus précaire que celle d’un salarié. Dans une certaine mesure. En effet, il ne bénéficie d’aucune assurance chômage ; jusqu’à ce que son entreprise puisse lui en offrir une, la GSC [2], ou jusqu’à ce qu’il ait amassé un pécule suffisant pour s’auto-assurer. Il y a de fortes inégalités et un grand nombre d’entre eux ne bénéficie nullement de cette sécurité, sans compter le risque de perdre leur investissement initial.
2/La vie d’un salarié est moins choisie que celle d’un entrepreneur. Dans une certaine mesure. L’entrepreneur fabrique sa propre reconnaissance, chance qui n’est pas donnée au salarié, sauf à une minorité – les grands patrons, par exemple, sont des salariés. Un grand nombre craint pour son emploi en même temps qu’il peine à trouver du sens à son travail.

À quoi il faut ajouter qu’il y a des salariés précaires, qu’il y a des entrepreneurs qui ne trouvent pas ou plus de sens à ce qu’ils font.

J’entends donc que les noms d’oiseaux qui fusent suite à la déclaration d’Emmanuel Macron, qu’il faut bien qualifier d’imprudente, sont le résultat de certitudes acquises sans considérer la réalité de l’autre. Et que si on y tient, il y a toujours une jalousie à réchauffer et une plainte à faire entendre.

Du côté des entrepreneurs, il faudra bien qu’ils se fassent à l’idée que l’incertitude est leur métier ; qu’entreprendre, c’est aller sur les terres de l’incertain – faute desquelles la société n’aurait nul besoin d’entrepreneurs.

Et du côté des salariés, il faudra bien qu’ils se fassent à l’idée que s’ils veulent de la reconnaissance, le seul moyen est parfois de se la fabriquer soi-même… en devenant entrepreneur.

Toutes considérations qui nous amènent à songer à un mouvement qui, à une certaine époque, s’est créé sur le rêve d’une fracture à réduire, entre ce qu’on appelait à l’époque les employés et les patrons. Que cette fracture perdure, sous d’autres formes, et donc que le rêve est toujours vivant ; qu’ainsi des associations comme le CJD sont toujours d’une brûlante actualité.

[1]http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/emmanuel-macron-face-a-jean-jacques-bourdin-en-direct-739069.html[2] GSC : Garantie sociale des chefs d’entreprises

Laurent Quivogne

Le 22-01-2016

Partager cet article :

Laurent Quivogne

Il a travaillé 30 ans dans l’informatique, dont plus de 20 ans comme entrepreneur. Il accompagne aujourd'hui les organisations dans la capacité à dire, à entendre et à assumer les conflits.

Ça peut vous intéresser

Laisser un commentaire

À propos du CJD

Créé en 1938 par Jean Mersch, le CJD demeure le plus ancien mouvement patronal français. L’association compte plus de 5000 membres – Entrepreneur·e·s et cadres dirigeant·e·s – réparti·e·s en France et représentant 432 087 d’emplois. Imaginé à partir de la conviction profonde qu’une économie au service de l’Homme incarne la clef de la compétitivité des entreprises hexagonales, le mouvement demeure non partisan et force de propositions concrètes pour relancer l’emploi et pérenniser les entreprises. 

Retrouvez le CJD sur ces réseaux :