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Leçon d’impro : le pouvoir du « oui »

L’improvisation théâtrale est une discipline à laquelle les dirigeants ont intérêt à s’adonner. Nous explorons quelques facettes : aujourd’hui, le pouvoir du « oui ».

Alors que le commun, actuellement, est plutôt d’apprendre à dire non, l’improvisation nous dit combien la capacité de dire oui, y compris dans les situations de désaccord, est puissante.

Un mot d’abord sur le « oui » dans la discipline. Un match d’improvisation oppose deux personnes ou deux équipes. Les spectateurs (ou les juges) sont appelés à estimer quelle partie rebondit avec le plus de brio et de fluidité. En effet, l’improvisation, contrairement peut-être aux idées reçues, ne consiste pas à sortir de soi un discours merveilleux et plein de talent. Au fond, personne ne sait faire cela. Elle consiste davantage à se nourrir de ce qu’il se passe dans la situation, à commencer par ce que dit notre partenaire ou le public. Une séquence d’improvisation est comme un jeu où chacun ferait tour à tour la courte échelle à l’autre. D’où l’importance de dire « oui » aux propositions de l’autre.

Une coopération qui se construit pierre à pierre

Cette idée du « oui » est si importante que l’un des exercices d’échauffement les plus importants en improvisation théâtrale est le « Oui et » : un premier joueur dit une phrase banale ; le second dit « Oui et » et complète avec quelque chose qui ajoute à la proposition initiale ; puis chacun à tour de rôle en ayant soin à la fois de s’appuyer sur ce que vient de dire l’autre et d’apporter de la nouveauté. Pas si facile !

Un spectacle d’improvisation résulte ainsi d’une coopération qui se construit pierre à pierre. La faute de refus consiste ainsi à refuser une proposition de notre vis-à-vis et, par conséquent, à menacer la construction générale.

Donnons un exemple : deux joueurs ont pour consigne d’incarner chacun un instrument de musique. Le premier s’avance et dit :

« Je suis un tambour.
Non, répond l’autre, je vois bien que tu n’es pas un tambour. »

Concrètement, nous voilà repartis à zéro. Le premier avait initié un premier mouvement que l’autre refuse. C’est une faute.

Il s’agit donc moins de prononcer concrètement le mot « non », que de refuser une proposition de l’autre personne sans même l’accueillir.

C’est une faute en improvisation parce que cela compromet le spectacle. Mais c’est aussi une faute, parce que cela nuit à la relation. Or nous faisons cela en permanence.

Quand un client nous dit : « c’est trop cher », notre premier réflexe est de nous en défendre, peut-être parce que nous nous sentons attaqués sur la qualité de notre service ou produit. Nous entendons : « votre machin ne vaut pas tout cet argent ». C’est une interprétation tout à fait exagérée et nous courons nous-mêmes au-devant d’une vente ratée. Peut-être aussi que nous imaginons qu’accepter la remarque de notre client, c’est donner droit à sa demande.

J’ai coutume de répondre, à toutes les objections de ce type : « c’est vrai que c’est beaucoup d’argent ». Suivi, par exemple, de : « Je comprends… Vous n’avez pas le budget ? »

C’est ainsi que dire « oui » ressemble à un mouvement de judo où l’on commence toujours par accueillir le mouvement de l’adversaire avant de s’en servir dans notre intérêt et, pourquoi pas dans les relations commerciales, dans l’intérêt commun des parties prenantes.


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Laurent Quivogne

Il a travaillé 30 ans dans l’informatique, dont plus de 20 ans comme entrepreneur. Il accompagne aujourd'hui les organisations dans la capacité à dire, à entendre et à assumer les conflits.

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