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Inégalités : à chacun sa méthode pour les réduire

Depuis une dizaine d’années, la question des inégalités sociales au sein des pays occidentaux est devenue un sujet sensible pour l’opinion publique. La mondialisation et la digitalisation sont accusées de favoriser leur montée. La polarisation des emplois avec le développement des services domestiques, la désindustrialisation et la progression des rémunérations dans certains secteurs d’activité et pour certains postes (informatique, finance, emplois de créateurs, dirigeants de très grands groupes), contribuent à la montée des inégalités. Les pays occidentaux ne réagissent pas de manière identique face à cette situation.

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Si la priorité a été donnée au salaire direct aux Etats-Unis et en Allemagne, avec plus ou moins de succès, la réduction des inégalités en France est obtenue par une socialisation croissante des revenus. Aux Etats-Unis, la demande est soutenue par les pouvoirs publics à travers les commandes publiques ; en Allemagne, ce sont les entreprises qui en sont les responsables ; en France, elle est portée par les prestations sociales. La crise sanitaire a égalisé les pratiques. Les Etats-Unis ont délivré directement des chèques à la population quand la France et l’Allemagne ont eu recours au chômage partiel. Si la forme était différente, le résultat était identique.

France – Etats-Unis : deux stratégies très différentes

Aux Etats-Unis, depuis la crise financière de 2008, les gouvernements maintiennent des politiques de soutien de la demande générant un fort déficit public, entre 6 et 15 % du PIB entre 2009 et 2021. L’accroissement des dépenses publiques facilite la création d’emplois et, à partir de 2016, la hausse des salaires. En Allemagne, les salaires étaient en hausse avant la crise sanitaire, hausse qui s’est accentuée depuis dans un contexte de relance. Si la productivité par tête aux Etats-Unis augmente plus rapidement que le salaire réel par tête entre 2002 et 2021, l’inverse est constaté en Allemagne. Aux Etats-Unis, les pouvoirs publics parient sur la création d’emploi pour réduire les inégalités quand, en Allemagne, ce sont les entreprises qui en sont à l’origine.

La France utilise une tout autre stratégie se caractérise par d’importantes inégalités avant revenus qui sont réduites par le jeu de politiques redistributives de grande taille. Avant redistribution, l’indice de Gini mesurant les inégalités de revenus en France est supérieur à la moyenne de l’OCDE (hors France), soit 0,53 contre 0,50. En revanche, après redistribution, la France se situe en dessous de la moyenne de l’OCDE (0,30, contre 0,35). Les transferts publics représentaient avant la crise sanitaire 34 % du PIB, contre 24 % pour l’OCDE (hors France). Avec la crise, les transferts publics ont atteint 38 % du PIB en France et 28 % en moyenne pour l’OCDE. La proportion des revenus socialisés augmente en France. Les prestations sociales assurent près de 50 % des revenus pour les 20 % des ménages ayant les plus faibles revenus. Une déconnexion entre les revenus et le travail est plus marquée en France que dans les autres pays occidentaux. Si cette politique réduit fortement les inégalités après prestations, les écarts de revenus issus du travail augmentent.

La France se caractérise par un très grand nombre d’emplois non qualifiés, deux fois plus qu’en Allemagne. De nombreux jeunes actifs sont contraints de multiplier les CDD et les emplois à temps partiel.

Le développement des plateformes de services en ligne s’accompagne d’un fort mouvement de création de micro-entreprises. En 2021, l’économie française compte plus d’un million de micro-entrepreneurs. 64 % des créations d’entreprises prennent cette forme juridique. La socialisation des revenus a pour corollaire un haut niveau de prélèvements obligatoires : plus de 45 % du PIB en France, contre 40 % en Allemagne et 26 % aux Etats-Unis. Les cotisations sociales acquittées par les entreprises représentent 14 % du PIB en France, 9 % aux Etats-Unis et 7,5 % en Allemagne.

Les différents moyens de réduction des inégalités ne sont pas exempts de défauts. Aux Etats-Unis, le soutien budgétaire est difficile à réduire. En Allemagne, l’industrie doit consentir des efforts permanents de formation pour maintenir sa compétitivité, effort que le patronat estime de plus en plus lourd financièrement à mener. L’Allemagne, à l’image de la France, doit faire face à la montée en puissance de « mini-jobs ». L’Etat fédéral a été contraint d’instituer un salaire minimum pour réduire les tensions sociales. La France qui est le pays ayant pris le parti le plus abouti de la socialisation des revenus est confrontée à un endettement important et à une insatisfaction de la population.

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Philippe Crevel

Dirige, depuis 2004, le Cercle de l'Epargne, centre d'études et de recherche sur l'épargne et la retraite mais aussi fondateur et gérant de la société d'études et de prospectives économiques Lorello Ecodata.

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