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Bullshit jobs (4) : la faute à la complexification de l’économie ?

Comment expliquer ce phénomène des jobs à la con qui gangrène l’économie tout entière ? Pour beaucoup d’économistes, il est facilement compréhensible si on invoque avec la complexification croissante de l’économie au cours des dernières décennies. Cela semble a priori assez convainquant. Mais examinons cela plus attentivement.

L’un des arguments les plus communément avancé pour expliquer ce phénomène des jobs à la con est celui de la complexification de l’économie. « Les biens produits sont plus complexes ; les chaînes d’approvisionnement utilisées pour les fabriquer sont plus complexes ; les dispositifs qui permettent de les lancer sur le marché, de les vendre et de les acheminer sont plus complexes ; les moyens de financement de tout ce système sont plus complexes, etc. »[1]

Pour David Graeber, cet argument est un peu vrai, mais surtout très faux. Ces trente dernières années, les Universités privées par exemple ont vu leurs effectifs bondir, tout comme les frais de scolarité. En revanche, le nombre d’enseignants a très peu évolué, le nombre d’heure de cours a stagné, voire diminué légèrement. C’est le nombre d’administrateurs et de personnel administratif qui a explosé. Pourtant, rien ne s’est spécialement complexifié dans leur cœur de mission au quotidien (l’enseignement). Autre exemple : dans l’hôpital public, sur un secteur qui ne souffre ni de la concurrence ni de la menace de la délocalisation, le personnel administratif va bientôt dépasser en nombre le personnel soignant si la logique actuelle se poursuit. Moins il y a de lits à l’hôpital, plus il y a – semble-t-il – de fonctionnaires pour les contrôler.

L’idéologie managérialiste

Le phénomène des jobs à la con ne trouve donc pas son explication dans une soi-disant complexification du monde, mais dans la poussée de l’idéologie managérialiste. Le managérialisme, c’est une forme d’organisation poussée par un groupe (les managers) qui subtilise aux propriétaires et salariés de l’entreprise leur pouvoir de décision. Ce groupe justifie cette mainmise par leurs compétences qu’ils estiment nécessaires à la gestion efficace de l’organisation.

Ce groupe capable de manier « la myriade de joujoux qu’ils inventent – stratégies, objectifs de performance, audits, rapports, évaluations, nouvelles stratégies, etc. », ne connaissent souvent rien au métier de l’entreprise.

Pour le dire comme Michel Audiard, « On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis ». Il faut donc chercher la cause de cette bureaucratisation ailleurs que dans l’organisation purement économique des marchés. Peut-être dans un projet plus politique.


[1] David Graeber, Bullshit Jobs, Les liens qui libèrent, 2019.

Crédit Photo – Andrea Piacquadio – Pexels

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Lionel Meneghin

Rédacteur en chef de Dirigeant.e, il contribue également à d’autres médias. Il est aussi formateur et animateur pour l’APM (Association Progrès du Management).

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