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Economies américaine et française : pas sur les mêmes rails

La baisse de la croissance constatée aux États-Unis n’est pas comparable à celle enregistrée en Europe. Les deux grandes zones économiques évoluent selon des logiques différentes.

Aux États-Unis, la chute de l’activité s’explique par le déstockage, le recul des dépenses publiques et la dégradation du commerce extérieur. En revanche, la demande intérieure privée reste dynamique au 1er trimestre aux États-Unis, avec le recul du taux d’épargne des ménages et la profitabilité élevée des entreprises. Au sein de la zone euro, la croissance est affectée par le recul du pouvoir d’achat des ménages en lien avec l’augmentation rapide de l’inflation et par le freinage de l’investissement des entreprises. La contribution positive du commerce extérieur et le maintien de mesures de soutien n’arrivent pas à compenser intégralement les effets récessifs. Une asymétrie économique entre la situation des États-Unis et celle de la zone euro est ainsi constatée.

La confiance des entreprises et des ménages se dégrade davantage dans la zone euro qu’aux États-Unis.

L’Europe est touchée plus directement par le conflit en Ukraine qui remet en cause la distribution du gaz et du pétrole ainsi qu’un certain nombre de biens intermédiaires. Les États-Unis sont autosuffisants ou presque sur le plan de l’énergie. Le prélèvement opéré par les hausses des hydrocarbures représente 3 % du PIB en zone euro. La balance commerciale énergétique s’est améliorée aux États-Unis de près de 100 milliards de dollars quand elle s’est détériorée de 400 milliards de dollars au sein de la zone euro entre 2020 et 2022.

Asymétrie

L’augmentation du cours du pétrole ou du gaz conduit à des transferts internes au sein de l’économie américaine quand elle provoque un transfert extérieur en Europe. Le taux d’épargne qui avait fortement augmenté durant la crise sanitaire au sein des deux zones économiques a nettement baissé aux États-Unis depuis le début de l’année 2021, retrouvant son niveau d’origine (5 % du revenu disponible brut) quand, en revanche, il reste à un niveau élevé en zone euro (autour de 19 % en 2022, contre 14 % en 2019). Les ménages européens conservent un volant important de liquidités par crainte de l’avenir et réduisent leur consommation. Leurs homologues américains ont, à l’inverse, décidé de maintenir voire d’accroître leurs dépenses de consommation.

L’asymétrie au niveau des situations économiques de part et d’autre de l’Atlantique conduit à des politiques monétaires différentes. La banque centrale américaine est confrontée à une inflation interne avec un risque élevé de transmission aux salaires dans un contexte de plein emploi quand, au sein de la zone euro, l’inflation est avant tout provoquée par l’augmentation des prix de l’énergie et des matières premières. La mise en œuvre d’une politique monétaire restrictive s’impose ainsi davantage aux États-Unis qu’en Europe en raison d’une demande intérieure dynamique et d’un commerce extérieur qui se dégrade. L’écart de taux entre les États-Unis et la zone euro ne peut donc qu’augmenter avec, à la clé, une dépréciation de la monnaie européenne.

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Philippe Crevel

Dirige, depuis 2004, le Cercle de l'Epargne, centre d'études et de recherche sur l'épargne et la retraite mais aussi fondateur et gérant de la société d'études et de prospectives économiques Lorello Ecodata.

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