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Salaires en France : trop hauts ou trop bas ?

Durant des années, en France, les salaires charges sociales comprises ont été jugés élevés, empêchant la création d’emplois et expliquant la dégradation de la compétitivité de l’économie. Face à ce constat, les pouvoirs publics ont mené des politiques visant à alléger le coût du travail, notamment en faveur des bas salaires, avec des exonérations de cotisations sociales.

La France se caractérise par un chômage élevé chez les personnes sans ou à faibles qualifications, laissant supposer que le coût du travail est trop élevé par rapport à la productivité des salariés concernés. La France se caractérise par un faible taux d’emploi pour les personnes ayant un niveau de formation primaire, 53 %. Il est de 72 % pour les diplômés de l’enseignement secondaire et de 85 % pour ceux diplômés de l’enseignement supérieur. Le niveau du salaire minimum a longtemps été mis en avant pour expliquer cette situation. Le SMIC représente 62 % du salaire médian en France, contre 50 % en Allemagne et 30 % aux États-Unis. En France, un nombre important de salariés est au SMIC, ce qui écrase l’échelle de rémunération. Par ailleurs, le taux de chômage des personnes à faible qualification (niveau primaire) est supérieur à 12 % quand celui des diplômés de l’enseignement supérieur est de 4 %. Le coût salarial unitaire (masse salariale y compris charges sociales/valeur ajoutée en volume) est de 0,61 en France, contre 0,56 en zone euro (hors France).

Un partage de la valeur ajoutée favorable aux salariés

Dans le même temps, le niveau des salaires des emplois à faible qualification est jugé insuffisant, obligeant l’État à multiplier les prestations sociales ou les crédits d’impôt afin de garantir un niveau de revenu suffisant et de rendre le retour à l’emploi attractif pour les personnes au chômage. L’idée d’une sous-rémunération du travail est difficile à apprécier. De manière statistique, les salaires ont continué à augmenter depuis le début du siècle : +25 % en valeur réelle. En France, le partage de la valeur ajoutée se fait de manière plutôt favorable aux salariés. Les salaires ont, en effet, augmenté plus vite que la productivité. Le taux de marges bénéficiaires des entreprises en France est dans la moyenne des pays occidentaux. Il est stable dans le temps, tout comme le taux d’autofinancement.

Si les rémunérations dans notre pays sont faibles, c’est à mettre en lien avec le niveau des coûts de production et des faibles gains de productivité.

La faible rémunération du travail est souvent mise en avant, surtout par rapport aux revenus tirés de l’assistance. Depuis des années, les pouvoirs publics ont tenté d’améliorer l’attractivité du travail soit avec l’introduction de la prime d’activité, soit en réduisant l’indemnisation du chômage. La France se caractérise, en effet, par une durée d’indemnisation du chômage longue (24 mois) et un taux de remplacement élevé (68 %). Le durcissement du régime d’assurance chômage intervenu à compter du 1er juillet 2021 a pu jouer un rôle dans la baisse rapide du taux de chômage en France. Dans le cadre de cette réforme, un mécanisme de dégressivité est introduit au début du 7e mois pour les salaires supérieurs à 4 500 euros bruts mensuels. La rémunération de ces salariés est réduite de 30 %, avec un plancher fixé à 2 261 euros nets. Une nouvelle formule de calcul des droits est entrée en vigueur le 1er octobre 2021. Le salaire journalier de référence (SJR) (nouvelle fenêtre), servant de base au calcul de l’allocation chômage, doit être calculé non plus sur les jours travaillés dans les 12 derniers mois, mais sur un revenu moyen mensuel prenant en compte les jours travaillés et les périodes d’inactivité. Plus les demandeurs d’emploi ont un rythme de travail fractionné, plus ils risquent d’être touchés par une baisse de leur allocation chômage. Une étude d’impact de l’Unedic publiée en avril 2021 estime que ces nouvelles règles de calcul devraient entraîner une baisse de l’allocation journalière de 17 % en moyenne la première année pour 1,15 million d’allocataires. Elles devraient conduire à indemniser moins, mais plus longtemps, soit 14 mois en moyenne, contre 11 actuellement.

Montée en gamme et effort de formation nécessaires

La question de la revalorisation des salaires est un sujet sensible, en particulier pour les emplois à faible qualification. La forte augmentation du coût du logement et, plus globalement, celle des dépenses préengagées ainsi que celles liées aux transports justifient cette demande de revalorisation. Pour autant, selon les critères de rentabilité classiques, les salaires n’apparaissent pas sous-évalués. Le problème serait plutôt lié au niveau de gamme de la production française et aux faibles gains de productivité de ces dernières années. Une montée en gamme et un effort de formation doivent être menés pour autoriser des augmentations de salaire.


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Philippe Crevel

Dirige, depuis 2004, le Cercle de l'Epargne, centre d'études et de recherche sur l'épargne et la retraite mais aussi fondateur et gérant de la société d'études et de prospectives économiques Lorello Ecodata.

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