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Pour le GIEC, pas de trêve pour le réchauffement climatique

L’augmentation rapide des prix du pétrole et du gaz rend encore plus nécessaire leur substitution par des énergies renouvelables. Si celle-ci s’impose au nom de la logique comptable et au nom de la protection de l’environnement, son coût s’ajoute aux charges que auxquels les États occidentaux doivent faire face.

La crise sanitaire a conduit à une progression des dettes publiques. La crise ukrainienne pourrait provoquer une nouvelle hausse du fait de la nécessité d’accroître les dépenses militaires et de compenser une partie de la majoration de la facture énergétique pour les ménages et les secteurs économiques les plus touchés. Le court terme tend à l’emporter, en période de guerre, sur le moyen et le long terme. Dans ce contexte, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié le 28 février dernier est passé relativement inaperçu. Le document de 3 600 pages décrivant en détail les impacts actuels et futurs du changement climatique souligne que la situation se dégrade plus vite que prévu. Le rapport indique que les réductions d’émissions de gaz à effet de serre décidées par les différents États du monde sont encore en deçà de celles nécessaires pour limiter le réchauffement de la planète à moins de deux degrés.

Menace sur la Méditerranée

Les experts ont centré, dans ce dernier rapport, leur analyse, sur les conséquences des épisodes climatiques extrêmes, comme les sécheresses et les tempêtes, sur la nature et sur les populations humaines. Le rapport traite des effets du changement climatique sur les écosystèmes et les hydrosystèmes. Il aborde également les perturbations économiques et sociales que l’augmentation des températures provoque. Les experts du GIEC ont étudié, plus précisément, les capacités d’adaptation et de réaction des différents États. Le GIEC souligne une accélération de la hausse du niveau des mers et océans. La Méditerranée est particulièrement concernée avec une augmentation des épisodes climatiques violents La vulnérabilité du littoral méditerranéen, pour ses écosystèmes comme pour les installations humaines et le patrimoine, est particulièrement importante, car les côtes étaient jusqu’à maintenant relativement préservées du fait de l’absence de grandes marées. Le niveau pourrait monter d’un mètre d’ici à la fin du siècle, provoquant de véritables catastrophes au sein de villes qui n’ont absolument pas été conçues pour y faire face.

Les experts rappellent que le réchauffement climatique est déjà un réel problème avec une hausse des températures évaluées à + 1,09 °C par rapport à l’ère préindustrielle, générant de nombreuses anomalies climatiques (vagues de chaleur, sécheresses, tempêtes).

Parmi les conséquences de ces évènements figurent une augmentation des feux de forêt et des précipitations, une élévation du niveau de la mer, une acidification des océans, etc. Ils estiment que « l’augmentation des extrêmes météorologiques et climatiques a eu des impacts irréversibles, poussant les systèmes humains et naturels au-delà de leur limite d’adaptation ». Le changement climatique constitue d’ores et déjà un problème sanitaire. Le réchauffement climatique induirait un surcroît de mortalité en particulier au sein des régions victimes de fortes vagues de chaleur. Le document souligne l’augmentation des maladies respiratoires à cause des feux de forêt, ou des pathologies liées à la nourriture, à l’eau et aux animaux. Il cite, par exemple, une progression du choléra, provoquée par l’augmentation des pluies et des inondations. Le changement climatique compromet les objectifs de sécurité alimentaire et l’accès à l’eau pour des millions de personnes en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et du Sud, dans les petites îles et en Arctique, entraînant des problèmes de malnutrition. Les aléas climatiques réduisent la production agricole, et le CO2 stimule la photosynthèse, mais réduit la qualité nutritive des cultures selon Delphine Deryng, chercheuse à l’université de Humboldt (Berlin), coauteure du rapport. Dans les villes, le réchauffement a aggravé la pollution de l’air et limité le fonctionnement d’infrastructures clés, comme les transports, l’énergie ou la distribution d’eau.

Conséquences en cascade

Sur le plan économique, « des dégâts ont été détectés dans les secteurs sensibles au climat, avec des effets régionaux sur l’agriculture, la forêt, la pêche, l’énergie, le tourisme et la productivité du travail en extérieur ». La montée des températures modifie les écosystèmes en entraînant le déplacement de la moitié des espèces animales. L’autre voie pour ces dernières est de monter en altitude. Les vagues de chaleur provoquent de fortes mortalités et des changements irréversibles se dessinent avec la fonte des glaciers et du permafrost.

Pour les experts du GIEC, entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes vivent dans un environnement exposé au changement climatique.

Les risques auxquels ils peuvent être confrontés sont multiples et peuvent se combiner entre eux avec des conséquences en cascade (vague de chaleur, sécheresse, feu, pollution, etc.). Pour Gonéri Le Cozannet, un autre coauteur du rapport, chercheur au Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM), le processus de dérèglement climatique n’est qu’à son début et est amené à s’amplifier dans les prochaines années avec une part d’inconnu sur les conséquences. Le rapport distingue deux périodes, le court terme (2021-2040) et le moyen-long terme (2040-2100). Pour la première, les jeux sont en partie déjà faits en raison des émissions passées de gaz à effet de serre. En atteignant 1,5 °C, le réchauffement climatique induit provoquera de manière certaine une augmentation inévitable du risque climatique : montée des eaux, pertes agricoles, vagues de chaleur. Pour la seconde période, tout dépendra de la mise en œuvre effective des programmes de réduction des émissions des gaz à effet de serre. En prenant en compte par exemple les inondations, par rapport à un réchauffement de 1,5 °C, les dégâts seront jusqu’à 2 fois supérieurs si l’élévation des températures atteint 2 °C, et jusqu’à 4 fois supérieurs pour un réchauffement de 4 °C. Selon le GIEC, un milliard de personnes pourraient être menacées par des aléas climatiques côtiers, à moyen terme. Pour le groupe d’experts, les promesses des États conduisent à une augmentation des températures de 2,7 °C sous réserve que ces dernières soient respectées.

Trois scenarii

Le GIEC passe en revue trois scénarii d’adaptation afin de pouvoir limiter les conséquences du réchauffement : l’adaptation limitée, incomplète et pro-active. Cette dernière permet de réduire significativement les risques. Pour réduire autant que possible les effets du réchauffement, le GIEC propose des solutions intégrées, multisectorielles en prenant en compte les inégalités sociales. Un changement de mode de vie est demandé que ce soit au niveau des transports, des logements ou de l’alimentation. Une réduction des déplacements et la réalisation d’économies d’énergie sont préconisées.

Les scientifiques du GIEC insistent également sur l’importance de protéger la nature, menacée par les activités humaines. Ils affirment que ces systèmes naturels jouent un rôle pour limiter le changement climatique.

Selon leurs estimations, une action de préservation de 30 à 50 % des terres, des cours d’eau et des océans est indispensable avec un objectif la réduction de l’empreinte humaine. Sans cette protection des espaces naturels, les écosystèmes pourraient jouer un rôle négatif. Leur dégradation et leur destruction sont aussi une source d’émissions de gaz à effet de serre, une menace qui ne peut que s’accroître qu’avec l’augmentation des sécheresses ou des feux de forêt. Selon le GIEC, entre 3 et 14 % des espèces terrestres sont menacées d’extinction même si le réchauffement est limité à + 1,5 °C. Les experts estiment que, pour le moment, les mesures prises par les différents Etats sont largement insuffisantes pour contenir la montée des températures et pour assurer la pérennité des écosystèmes. S’ils sont traditionnellement pessimistes afin de mieux sensibiliser les opinions et les gouvernements face aux dérèglements climatiques, ce rapport 2022, malgré la discrétion de sa sortie, constitue un signal d’alarme visant à mettre tous les acteurs publics et privés devant leurs responsabilités.


Crédit Photo : Chris LeBoutillier – Pexels

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Philippe Crevel

Dirige, depuis 2004, le Cercle de l'Epargne, centre d'études et de recherche sur l'épargne et la retraite mais aussi fondateur et gérant de la société d'études et de prospectives économiques Lorello Ecodata.

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