Jeunesse et entrepreneuriat (2) : rapprocher entreprise et école

Emmanuel Amon et le député François Pupponi ont remis un rapport sur la sensibilisation des jeunes à l’entrepreneuriat à Sarah El Haïry, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement. Revue des propositions en compagnie d’Emmanuel Amon.

Votre priorité porte sur l’engagement entrepreneurial…

Exactement. Une première proposition est déjà faire reconnaître la notion d’engagement entrepreneurial. C’est de la sémantique, mais nous parlons bien d’engagement entrepreneurial et non pas de création d’entreprises. Pourquoi ? Tout simplement parce que même si un tiers des jeunes disent vouloir devenir créateurs d’entreprises, tous les jeunes n’ont pas vocation à devenir entrepreneurs. Ils ont vocation à être entrepreneurs de leur vie, de croire en leurs propres capacités. Nous devons alors être en mesure de nous adresser au plus grand nombre et de leur donner le moyen d’être acteurs du changement, de conduire leur propre vie. Faire reconnaître la notion d’engagement entrepreneurial, c’est aussi modifier l’image de l’entrepreneur aux yeux de la population enseignante, de montrer que celui-ci a aussi un rôle dans la Cité.

Comment s’organise le dialogue sur la jeunesse et l’entrepreneuriat avec les différents services de l’État ? Que préconisez-vous à ce sujet ?

Notre deuxième proposition part d’un constat : il y a en France plus de 4000 associations autour de la jeunesse et l’entrepreneuriat qui toutes agissent à un échelon local. Il importe de constituer un collectif associatif capable de porter la parole de ces associations au niveau de l’État qui, actuellement, n’est pas en mesure de répondre de façon homogène à toutes les sollicitations. Si l’État gère l’Éducation en France, le périscolaire est pour sa part l’affaire des associations locales. Celles-ci ont donc un rôle majeur, mais elles n’ont pas de caisse de résonance auprès des institutions. Le but de la création du collectif consiste à créer cette caisse de résonance pour que ces associations puissent avoir un dialogue construit avec les différents services de l’État. Nous sommes en train de finaliser la création de ce collectif.

Comment rapprocher enseignants et entrepreneurs ?

La 3e proposition consiste à lancer partout des « Vis ma vie » entre enseignants et dirigeants d’entreprise au sens large. Nous souhaitons que les enseignants quittent leurs collèges et lycées pour découvrir pendant quelques jours l’entreprise et que les acteurs de l’entreprise puissent parler aux jeunes de leur métier.

Une autre proposition consiste à faire venir les entrepreneurs au collège dès la 6e au travers d’opérations concrètes. Cette dernière a été reprise par le candidat Macron lors de sa campagne et portée d’un point de vue pratique à présent par plusieurs collectifs associatifs. Les associations interrogées souhaitent, enfin, une diversification des modalités du stage de 3e qui est encore trop inégalitaire et qui ne donne pas toujours l’opportunité aux jeunes de découvrir le monde professionnel tel qu’il est réellement.

Quelles propositions encore vous paraissent essentielles ?

L’Éducation Nationale a, au cours des dernières années, fait énormément d’efforts autour des filières technologiques et professionnelles. La qualité des enseignements, la modernité des équipements permettent à des jeunes qui souhaitent rentrer dans la vie active très tôt de se former dans un environnement privilégié. Or, encore aujourd’hui, le choix de ses filières est trop souvent subi. Les élèves qui y « échouent » sont ceux qui ne sont pas admis en filière générale ouverte sur des cycles plus longs. Il est essentiel que ces filières soient choisies. Pour cela, il faut informer les enfants très tôt sur les possibilités de choix, les questionner sur leur volonté d’un cycle court ou long, quel que soit son milieu d’origine.

Enfin, une dernière proposition qui me tient particulièrement à cœur et qui a été reprise sous différente nomination depuis des années, c’est la création d’un passeport de compétences avec un double objectif : reconnaître l’acquisition des savoir-être, les fameuses « soft skills » auprès du ministère pour valoriser l’engagement des jeunes au quotidien dans les actions périscolaires notamment.

À quel problème cette dernière mesure est-elle censée apporter une solution ?

À long terme, cette mesure vise à donner aux « décrocheurs » de réintégrer le système scolaire ou universitaire. On appelle « décrocheur » les jeunes qui quittent les études à l’issue du collège, soit environ 10 % des collégiens inscrits ! Ces 80 000 à 100 000 adolescents, sortis du système chaque année, n’ont alors aucun diplôme. Un système d’équivalence leur permettrait de reprendre confiance en eux et ainsi de trouver leur place dans le monde du travail.

Quelle a été la réception de ce rapport ?

Notre rapport a été remis en pleine campagne présidentielle et au début de la Guerre en Ukraine. Nous n’avons donc pas bénéficié d’une couverture médiatique permettant le lancement des actions qui y sont liées. Comme nous ne sommes pas tenus par le timing électoral, certaines actions, et notamment la constitution du collectif, sont lancées et suivies régulièrement.

Qu’est-ce qui a déjà bougé ?

Nous avons officiellement fait enregistrer les « Vis ma vie » par le centre de formation des enseignants. Dès aujourd’hui, des enseignants et les personnels encadrants de lycée et collège peuvent dans le cadre de la formation professionnelle faire des « Vis ma vie » sur leur bassin d’emploi avec des entrepreneurs, des dirigeants d’associations ou des responsables de grandes entreprises. Nous travaillons aussi à intervenir dans des lycées professionnels et technologiques, non pas pour aller parler du métier parce que les enseignants sont très pointus sur les métiers, mais pour parler des débouchés.

Et la suite ?

L’enjeu aujourd’hui est de massifier ces opérations. Nous espérons rencontrer les responsables de toutes les académies pour toucher le plus de jeunes. Je lance un appel à tous les entrepreneurs de France : si vous avez des points d’entrée dans les académies, n’hésitez pas à me contacter ! Nous avons besoin de toutes les bonnes volontés pour faire avancer la cause des jeunes.


Pour consulter le rapport, cliquez ici

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La rédaction

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