Groupe SEB : pourquoi produire en France ?

Plus de 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021, 33 000 collaborateurs dans le monde, 38 sites industriels, dont 11 en France. Cette France qui peut s’enorgueillir – elle si prompte à douter d’elle-même et à se dénigrer — de posséder avec le groupe SEB un des leaders mondiaux du secteur de l’électroménager.

En 1857, SEB — comme Société d’Emboutissage de Bourgogne – est créée par Antoine Lescure, rétameur, à Selongey, à une quarantaine de kilomètres au nord de Dijon. SEB, c’est à l’origine une entreprise familiale de ferblanterie. Une date-clé : 1953. L’entreprise a pris son essor, mais reste artisanale. Deux cousins partis faire leurs études universitaires en Belgique rentrent en Bourgogne. Enthousiastes, ils viennent de découvrir un produit révolutionnaire : ça s’appelle la cocotte-minute et cette invention permet de gagner du temps avec la cuisson sous pression. Mais il y a un problème, et pas des moindres : l’engin a tendance à exploser. De nombreux accidents ont eu lieu en Belgique. L’objet est en effet fabriqué en fonte d’aluminium, un métal qui n’est pas sans faiblesses quand on le soumet à la pression et à la chaleur. Mais le savoir-faire de SEB, c’est l’emboutissage. La famille Lescure n’hésite donc pas à reprendre l’idée et à l’améliorer avec le procédé de l’emboutissage. Bientôt, la cocotte-minute l’Authentique s’invitera dans la plupart des foyers français. L’aventure entrepreneuriale de SEB prend alors une autre dimension.

Un portefeuille de marques fortes

S’ensuivent au cours des décennies suivantes de nombreuses acquisitions : Tefal en 1968, Calor en 1972, Rowenta en 1988, Moulinex et Krups en 2001. Des marques fortes qui s’imposent auprès du grand public, mais aussi premium ou professionnelles avec Krampouz, Lagostina, ou encore WMF. Le groupe s’implante en Amérique latine et en Europe de l’Est et les rachats se multiplient, conférant au groupe une stature mondiale. Le groupe développe ainsi un vrai savoir-faire dans l’intégration des acquisitions. En 2007, SEB prend le contrôle du chinois Supor, côté à la bourse de Shanghai. Cette acquisition est stratégique pour le groupe avec un milliard et demi de chiffre d’affaires réalisé en Chine.

Dans ce contexte, l’innovation est une préoccupation constante. Avec 1500 personnes en R&D, SEB entend se développer en s’appuyant sur l’innovation et pas seulement sur de la croissance organique.

Plus fondamentalement, l’innovation structure le groupe en permettant l’équilibre du tissu industriel. Les sites industriels situés en France — et plus largement dans des pays à hauts coûts — ont pour planche de salut les produits innovants. Y fabriquer des produits aussi basiques que des bouilloires ou des cafetières filtre serait un non-sens économique. Les marques du groupe seraient éjectées de leurs marchés très concurrentiels où le prix est l’élément déterminant pour le consommateur. Ainsi, si produire en Chine à niveau de qualité équivalent revient en effet 20 à 25 % moins cher, le groupe veut garder et développer un tissu industriel par continent. Si SEB affirme sa volonté de rester présent en France et en Europe, ce n’est pas par pur humanisme ou patriotisme économique, mais parce que cela a du sens de rapprocher les sites de production des consommateurs.

La course vers la puissance

La préoccupation du groupe se porte aujourd’hui vers l’amplification de sa politique RSE. L’objectif est de réduire les émissions de CO2 de 50 % à l’horizon 2030. Mais quand on prend en compte le cycle de vie complet d’un produit, en particulier quand ce produit est électrique, la plus grosse empreinte carbone concerne non pas sa fabrication ou son transport, mais son utilisation. Déjà engagé sur la voie de la réparabilité, le vrai travail à venir consiste à déconstruire le discours sur la puissance électrique (plus un appareil est puissant, plus il est efficace). Un fer à repasser qui fait 2800 watts ne fait pas forcément mieux qu’un fer qui en consomme 1600 watts. Mais les représentations sont tenaces et entravent le mouvement qui consiste à aller vers davantage de sobriété énergétique.

Stratégie industrielle « glocale », ambitions fortes en matière de RSE, leadership mondial, le groupe SEB incarne la réussite française. On aimerait que d’autres groupes tricolores lui emboîtent le pas.

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Antoine Lefranc

Journaliste professionnel, il collabore à différents titres de presse nationale et régionale

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